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En souvenir du théâtre par Alfredo Rodriguez Arias Je fais du théâtre en souvenir du théâtre. On dira que c'est le souvenir d'un genre mineur. C'est celui qui me touche. Je n'y peux rien. De la sorte, je m'attache à retrouver les sources d'un certain langage de tradition populaire, qui contient en reflet tous les grands événements du théâtre. Encore faut-il, en scène, prouver cela d'une manière saisissable et candide. Je ne peux donc traiter que de ce qui a vie en moi. J'ai été formé, ou déformé, par les spectacles vas dans mon enfance (ou en rêve, qui sait ?) à Buenos-Aires. C'est pourquoi il me faut sans cesse, au moins par probité, réfuter ce soupçon de"mode" qui rôde autour de l'expérience du T. S.E. C'est seulement avec le temps que l'on devient conscient de ce fait; la mise en scène n'est rien d'autre que l'exercice d'un acte poétique appliqué au théâtre. On revient toujours au lieu du crime. C'est par là qu'il y a chance de raviver l'obsession. Je souhaite dans mon théâtre la plus grande part d'enfance possible. Je voudrais que mon regard ne soit pas contaminé par la moindre intellectualisation. J'essaie d'assumer pleinement chaque image, en tant que partie intégrante de ce langage-là qu'il s'agit de retrouver. Je ne me sens propriétaire de rien vis-à-vis du théâtre. Je redoute simplement qu'il se désamorce, perde en précision, soit victime de défaillances techniques. Je suis très sensible à la technique. Loin de glacer mon regard, elle me stimule. L'hyper-verbalisation est redoutable. Elle peut être la cause de la perte des outils pragmatiques de notre métier. Au théâtre, quand je ne vois que des mots, je me lève et je fuis. J'en tiens pour le théâtre comme, artisanat. C'est rassurant dans les moments d'inquiétude. Le théâtre reste maître du terrain dès lors que tous les éléments qui le composent sont en équilibre. Mettre en scène, n'est-ce pas veiller à ce dosage ? Il y a un monde entre le texte et la représentation. De l'un à l'autre on change d'écriture. On part d'un texte, mais dès que le rideau se lève, il y a bien d'autres choses que les mots. Je ne veux pas réduire le rôle de l'écrivain, mais qu'il sache que je dois, moi, écrire avec des mots scéniques, s'il voit ce que je veux dire. L'art moderne a permis une fusion plus intime du mot et de l'image. On prend le cinéma comme un tout. Pourquoi pas le théâtre ? Ce sont de telles considérations qui me poussaient, il y a quelques années, à déclarer qu'un maquillage exact vaut dix pages de Shakespeare. Je n'en démords pas.
Source : "Festival d'Automne à Paris 1972-1982" |