Un poème-fleuve

par Jean-Pierre Leonardini


La mémoire imaginaire de son plat pays, le Middle-West, est le point de départ de Perfect Lives (Private parts),présenté lors du Festival 1980 au Centre Pompidou. Le spectacle comprend sept chants d'une trentaine de minutes chacun, pour voix seule (Ashley in person),choeurs, piano, plus orchestre et choeurs préenregistrés. C'est un opéra pour la télévision, qui mêle l'enchevêtrement d'images et de sons "en conserve" à l'élan de la performance en direct. Trois programmes visuels passent sur les écrans qui constituent une partie du décor d'un bar-salon dans lequel évoluent les "actants". Le tout est filmé simultanément suivant un schéma prédéterminé. Ashley, lunettes noires, mains aux poches, égrène du texte au micro. Sa voix laisse couler un poème-fleuve au fil d'une dérive sonore suave. Une vocalisation automatique (ainsi qu'on dit de l'écriture), un flot de paroles échappé du plus intime de l'être, un "work in progress" réconcilié, quelque chose de zen, soit un classique moderne du vide parfait. L'art d'Ashley s'est évadé de la névrose.

 

Source : "Festival d'Automne à Paris 1972-1982"
Jean-Pierre Leonardini, Marie Collin et Joséphine Markovits
Ed. Messidor/Temps Actuels, Paris, 1982, p. 255

© Ed. Messidor-Festival d'Automne à Paris

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