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Hamlet en morceaux par Jean-Pierre Leonardini Il voit dans la pièce la structure du roman d'apprentissage. Sa mise en scène en administre les chapitres, en sauvegardant la suffocation émotionnelle propre au théâtre. Cela commence par des rideaux tombant des cintres, après les premiers mots du prologue, tirés d'Hamlet.Cela s'arrête sur le suicide de Trepliev en costume de Prince du Danemark. Bayen prouve que cet Hamletdu début du siècle ne peut plus être qu'en morceaux, et que chacun des personnages est, ou voudrait être, le héros de Shakespeare. L'insolite, dans le spectacle de ces consciences pantelantes, naît du jeu des acteurs, comme venu de loin. Sur la sensation de la durée théâtrale imitant celle de la vie, on a rarement assisté à quelque chose d'aussi troublant dans l'implicite. Il monte ensuite Square Louis Jouvet,à Strasbourg, avec Louis-Charles Sirjacq. Ils y interrogent le mouvement qui déplace les lignes et le sens sur l'aire théâtrale. A Bobigny, en mars 1981, avec Les Fiancés de la banlieue ouest,Bayen s'expose une fois de plus, dans la peau tendre d'un intellectuel qui choisit de mettre le nez dans la sphère sociale, quitte à se le faire casser. Au printemps 1982, dans la salle Gémier de Chaillot, c'est Schliemann,la pièce qu'il consacre à"l'inventeur" de la ville de Troie (joué par Vitez). Bayen, qui se veut"archéologue des sensibilités", pouvait-il éviter Schliemann, ce rêveur fou des vieilles pierres ?
Source : "Festival d'Automne à Paris 1972-1982" |