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Le vide du papier par Jean-Pierre Leonardini On le fête, on le révère, on ne peut l'entourer. Il y a longtemps qu'il se dérobe. Le mobile inconscient de l'hommage ne serait-il pas, à la fin, de le forcer à quitter son aire ? Cet homme est une légende mais il habite Paris, dont il hante les rues d'une démarche d'alpiniste. On l'a vu feuilleter Paris-Matchà la gare de l'Est. Voici statufié, donc emballé pour l'éternité, Samuel Beckett dont le but est le seul geste d'écrire suspendu sur le vide du papier. Parmi les onze spectacles consacrés à ce "classique" qui respire encore, nous élirons The lost ones(le dépeupleur), produit par les "Mabou Mines". Lee Breuer a imaginé que les spectateurs soient introduits dans un cylindre tapissé de mousse noire, partagé en scène et salle. En contrebas, l'acteur David Warrilow manipule de minuscules figurines humaines à l'intérieur d'un cylindre à leur échelle. Le texte, oscillant de l'infiniment grand à l'infiniment petit, vibre dans "l'espace" au sens où l'entendait Kant, d'un système réglant la juxtaposition des choses relativement aux figures, grandeurs et distances et autorisant la perception. Le théâtre est alors ce "vertigo" qui vous aspire, suscitant cette légère sensation d'écoeurement propre au dégoût d'être né cher à Beckett.
Source : "Festival d'Automne à Paris 1972-1982" |