Images et présences

par Denis Bablet


Du 9 au 22 novembre 1977, dans trois salles du Palais des arts, se tient la première confrontation internationale de films de (et sur le) théâtre. Vingt-cinq mille spectateurs suivent "Caméras/Théâtres". Cela témoigne de la justesse de l'entreprise. La preuve est ainsi faite qu'Alain Crombecque et l'équipe du Festival d'Automne d'une part et de l'autre la section "Théâtre moderne" du Groupe de recherches théâtrales et musicologiques du C.N.R.S. ont eu raison d'unir leurs efforts en vue de confronter deux arts, théâtre et cinéma, dans leurs rapports mutuels, leur alliance, de la présence à l'image.

L'ambition est multiple. Il s'agit de montrer le théâtre tel qu'il a nourri, et continue de nourrir, le cinéma d'hier et d'aujourd'hui, d'Electreau Roi Lear,de L'Opéra de quat' sousà Marat-Sade;de rendre hommage à une époque (et à ses meilleurs représentants) particulièrement riche en ce domaine, les années vingt; de révéler ou faire mieux connaître, par l'image de cinéma et de télévision les pratiques théâtrales (de la construction de l'espace au jeu du comédien) ainsi que la création sous toutes les latitudes, les modes d'expression les plus proches de nous comme les plus lointains et ces manifestations para-théâtrales, du rituel au carnaval, où certains croient découvrir comme une préhistoire permanente de notre théâtre dans ses formes les plus vives, tandis que d'autres y voient sources d'inspiration et modèles. Il s'agit encore de confronter, de ne pas cesser de témoigner, à travers l'image, de la vitalité concrète du théâtre, de ses processus, de ses pouvoirs, de son universalité dans la différence. A partir de là il s'agit, enfin, de souligner comme allant de soi la nécessité d'archives audiovisuelles du théâtre, qui ne constituent point un dépôt mort, comme la plupart de nos musées, mais, mieux qu'une mémoire, le moyen d'une pénétration vivante de la matière théâtrale.

Nous n'avons, pour notre part, jamais cessé de souhaiter que cette première coopération internationale soit suivie de beaucoup d'autres, qu'elle se transforme en une biennale du film et de la vidéo de théâtre... "Caméras/Théâtres" II, III, IV... Le mirage et le rêve. Jamais les conditions n'ont pu être réunies pour y parvenir. Une fois de plus, les finances ont empêché que ce nouveau projet soit mené à bien. Aujourd'hui notre souhait demeure identique: c'est celui d'un nouveau "Caméras/Théâtres", qui profiterait des leçons du premier et des imitations qu'il a suscitées, ici et là, en France et à l'étranger.

 

Source : "Festival d'Automne à Paris 1972-1982"
Jean-Pierre Leonardini, Marie Collin et Joséphine Markovits
Ed. Messidor/Temps Actuels, Paris, 1982, p. 134

© Ed. Messidor-Festival d'Automne à Paris

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