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L'homme blousé par Jean-Pierre Leonardini Deschamps découpe l'espace en zig-zag, à la manière d'un qui s'attaquerait à un melon en ne suivant pas le pointillé des tranches (sur lesquelles s'extasiait Bernardin de Saint-Pierre, y voyant la preuve de la mansuétude de Dieu). Deschamps a définitivement opté pour le "nonsense". Ses virages sur l'aile, ses gestes saccadés viennent du cinéma muet mais chez lui ça parle, ou plutôt ça fait des bruits avec la bouche. On rit, bien sûr, devant ces corps humains déjetés, burlesquement bricolés. On rit, se demandant si c'est charitable. Car ce qui touche, dans le petit monde Deschamps, c'est une détresse, sans doute native, qui porte beau dans le sarcasme. La Famille Deschiens,passablement" beckettisée", avec sa poussette et sa poule picorant en scène, le suggérait déjà. En avant!, dans la salle Gémier de Chaillot (1981) le répète à l'envi. Voici que s'ouvre sur scène l'ère de l'homme blousé. "Je vois le malheur sur les gens qui portent des blouses: la malédiction du travail... Blouse nylon, blouse coton: ce qui m'amuse quand même, c'est de voir comment les gens peuvent s'impliquer dans un costume. Mettez- leur un uniforme, ils ne réagissent plus pareil ? Jusqu'à la voix qui change, qui s'adapte à la couleur, qui déteint avec elle." Il faut prendre au sérieux cette déclaration. Elle révèle le projet de Deschamps, dynamitero en charentaises. Le théâtre n'est plus à Hamlet. Il appartient au magasinier, au manutentionnaire, au commis qui rêve de voyages, assoupi derrière ses caisses. A Gémier, la tournette promenait tendrement un sandwich au jambon. Tout Deschamps est là, dans ce pied-de-nez aux chefs de rayon du théâtre.
Source : "Festival d'Automne à Paris 1972-1982" |