Les sons couchés

par Patrick Szersnovicz


Pourquoi le musicien apprit-il à écrire ? La singularité de la musique européenne n'est- elle pas justement de participer du signe écrit ? La notation inclut la possibilité de la permanence, entraîne l'individualisation de l'idée musicale, la séparation entre auteur et exécutant. Elle induit, en fin de compte, la notion même d'oeuvre musicale.

Plusieurs musiques savantes, dans d'autres traditions que celle de l'Occident, se passent de l'écriture tandis qu'elle intervient de manière décisive dans la conception européenne, évolutionniste et "progressive". L'écriture musicale a notamment permis le contrôle d'événements sonores simultanés, leur superposition, leur enchaînement, leur transformation dynamique. D'où l'invention délibérée de la polyphonie,son renouvellement, son épanouissement évolutif plus ou moins hiérarchisé, indissociable de l'investigation spéculative propre aux civilisations d'Europe.

L'écriture musicale est à la fois agent, support passif et moteur déterminant de la création musicale. Elle stimule l'évolution du langage et l'interprétation du musicien. Les codes de cette écriture sont par essence relatifs. Explorant certaines régions délimitées de l'histoire de la musique, l'exposition Ecritures musicales(au Festival 1979, du 27 septembre au 1er décembre, chapelle de la Sorbonne) est fondée sur l'interaction permanente de l'écriture et de la pensée sonore.

L'exposition mêle manuscrits autographes originaux ou leur reproduction, éditions gravées et imprimées. Ecritures musicalesest une réflexion sur le contenu et la forme, la pensée et le langage, et sur quelques moments précis de l'Histoire, où l'écriture perdant sa fonction première de pure transmission devient brusquement un facteur autonome d'inspiration et d'imagination.

 

Source : "Festival d'Automne à Paris 1972-1982"
Jean-Pierre Leonardini, Marie Collin et Joséphine Markovits
Ed. Messidor/Temps Actuels, Paris, 1982, p. 259

© Ed. Messidor-Festival d'Automne à Paris

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