L'exorciste

par Daniel Caux


Chez lui les notes sont parfois jouées si vite qu'il faudrait alors parler de texture, plutôt que de mélodie ou d'harmonie. S'agit-il de notes qui se suivent ou qui se superposent ? Vitesse et statisme sont simultanés, l'articulation temporelle se confond avec l'épaisseur même de la matière sonore. Les lois acoustiques semblent bouleversées.

C'est en 1967 qu'après avoir étudié le tabla indien avec le percussionniste Allah Rakha, Phil Glass forme son ensemble d'instruments amplifiés. Neuf ans plus tard, il présente à Avignon l'opéra Einstein on the Beach,conçu en collaboration avec Bob Wilson. Processus de progression "additive" : unisson rythmique engendrant des mouvements contraires, parallèles ou similaires; élongation soudaine de notes sur plusieurs mesures; harmonie classique, revue d'une tout autre manière...

La force des constructions modulaires de Phil Glass tient au fait qu'elles épousent les formes épurées à arêtes vives et les mouvements machiniques de l'environnement moderne citadin, comme s'il s'agissait de l'exorciser, et non de le fuir.

Phil Glass est certainement le musicien "répétitif" dont l'art est le plus proche de celui des peintres et des sculpteurs de New York. La sonorité de son ensemble électrifié, si décriée dans certains milieux de la musique contemporaine, n'évoque-t-elle pas les couleurs sulfureuses des sérigraphies démultipliées d'un Andy Warhol ?

 

Source : "Festival d'Automne à Paris 1972-1982"
Jean-Pierre Leonardini, Marie Collin et Joséphine Markovits
Ed. Messidor/Temps Actuels, Paris, 1982, p. 256

© Ed. Messidor-Festival d'Automne à Paris

Reset
Up
Down