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L'homme sans théories par Gilles Aillaud L'acteur devient de plus en plus le mobile essentiel de Grüber. Ce Fausta donc été conçu autour de la figure de Bernhard Minetti; une sorte de récital. A travers lui Grüber entend magnifier les comédiens en général, réduire la toute-puissance du metteur en scène, en revenir au "capo comico", à l'acteur-régisseur de lui-même. J'écoutais Welles, il y a peu, tenir des propos semblables. Grüber a d'ailleurs une formation d'acteur. Je crois qu'il jouerait, si les représentations ne duraient pas plus de six jours. Au-delà il s'ennuierait. Il n'était pas question de produire un décor. Il fallait installer l'acteur au milieu d'éléments, dotés d'une présence autonome, avec lesquels on ne peut pas jouer. Il y a donc le feu, tout au long du spectacle, ainsi qu'une boule de verre, une lentille emplie d'eau. Elle peut être tout ce que l'on veut mais elle s'impose d'abord comme réalité physique. On ne peut l'éclairer, elle irradie trop de reflets. Curieusement elle semble une goutte d'ombre. Tout, ou presque, se passe à mi-chemin sur la scène béante. n'y a ce rideau de velours rouge, parcouru d'une cordelière rouge; le rideau traditionnel du théâtre, un épiderme, une grande robe de chambre... Marguerite a seize ans. Face à Minetti, si lourd d'expérience, elle détient un peu la même fonction que la boule de verre; transparente, impavide, insaisissable en somme. n'y a danger permanent. On pense à Kleist, à l'histoire de l'homme armé d'un fleuret devant un ours. Grüber excelle à pousser l'autre dans ses retranchements, à le faire accoucher de lui-même. Même chose dans notre collaboration. Qui est dramaturge, qui a l'idée du décor ? On ne démêle plus le tien du mien. Ce dialogue âpre nous l'avons depuis les débuts. Jamais il ne vous freine. Au contraire il vous harcèle. C'est ainsi qu'il vous utilise. Il ne note jamais rien, se souvenant de tout. Il a horreur de l'ordre en général, ne se fiant qu'au sien, indéchiffrable aux autres. Stein a bien tenté de lui confier des tâches de direction. Il n'en veut pas, trop désinvolte et libre. Cela ne va pas l'empêcher de monter Hamlet à la Schaubühne. Grüber n'a pas de théories. Je n'en ai pas non plus. Il cherche sans à priori, fort de son instinct. Il possède une sorte d'animalité toute puissante. Sa cohérence intime n'appartient qu'à lui. (Propos recueillis)
Source : "Festival d'Automne à Paris 1972-1982" |