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Eloge de la scissiparité de Jean-Pierre Lenadini Maria et Leila s'injurient, échangent des horions; l'une ayant offert à l'autre, leur jour d'anniversaire, des chiens sauvages de l'Alaska. Leïla s'écroule, poignardée. Surviennent Fougère et Joséphine. Dès lors les mots obscènes, coups de surin, coups de feu et piqûres de morphine ne cesseront pas... Elles renaissent aussitôt mortes. Au commencement, il y avait entre les deux paires quelques différences sensibles. Elles s'estompent à la fin, quand dans leur nudité blême elles semblent quatre émanations du même être. Au fond, Les Quatre Jumellesparticipe du miracle de la séparation des cellules; éloge de la scissiparité. Copi - inventeur, en quelques traits de crayon, de la mégère assise, capable d'accorder ses faveurs à un escargot - compose cette année-là (1973) cette maigre partition délirante, que Jorge Lavelli orchestre de main de maître. On jurerait que les interprètes (Daisy Amias, Anna Prucnal, Liliane Rovère, Myriam Mézières) vont y laisser la peau. Des années après on les confond encore. C'est au sous-sol du "Palace", aux allures de bordel ancien, que les spectateurs se plaquent au mur pour éviter les jets de sang factice. Ces femmes glapissantes, qui se font du mal avec une joie mauvaise, courant vers la mort comme de méchantes mouches, volent encore dans la mémoire. L'hystérie est jouée-déjouée: voici donc un théâtre panique-sophistiqué in utero. Paris s'émerveille alors d'acclimater des Argentins baroques.
Source : "Festival d'Automne à Paris 1972-1982" |