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La femme cent-voix par Guy Scarpetta L'espace suit. Frayage traversant des millénaires, des continents, accrochant au passage des rythmes, des danses, des images. La voix, elle, semble venir de partout. Théâtre de l'aprè-scoup: toute scène est "primitive". Autrement dit: mémoire émiettée par la voix emportée. Voilà la longueur d'onde (très "biblique") d'une Alliance jamais acquise, d'une Mémoire à réactiver sans fin. Ça n'en finit pas de sortir d'Egypte (de s'arracher aux mythes). "Du nombre des tracas vient le songe, du nombre des paroles, le ton du fou"(L 'Ecclésiaste) . Le théâtre qui s'en dégage est fragmentaire, disjonctif (pas de centre, pas de "communauté"). Education of a Girlchild:sondage d'une enfance rêvée, rythmes et intensités, cauchemar doux de la mère Archaïque. Quarry:le relief pulsionnel du fascisme, capté au radar, pour la première fois (défilé grotesque des dictateurs, exils, massacres, diasporas), à travers l'enfance, la fièvre. Recent Ruins:archéologie de l'archéologie, intrication des stratifications, de la préhistoire à la science-fiction, tortues cybernétiques, éclairs et détonations dans la nuit. Specimen Days:courts-circuits temporels, pages d'album éparpillées, nervure de la destruction, opéra de la sécession. Vous pouvez entrer dans cette mémoire somnambulique, hallucinée, au coeur de la voix, comme dans un rêve devant vous,un étrange battement d'espace et de temps. C'est, d'emblée, absolument cosmopolite: les signes viennent de toutes les cultures, mêlés, métissés, surgissant et s'évanouissant, cellules en conflagration, effractions. Ecoutez-la, regardez-la: grave, rieuse, délicate, violente, troublante, insolente, libre, fragile, très forte, tout à la fois. Double. Jamais exactement au même endroit que son corps, toujours un peu ailleurs, comme étrangère à notre pesanteur. Juive et Inca. Vibration d'un souffle latent. Saisissez-la au vol, tourbillon dans l'instant.
Source : "Festival d'Automne à Paris 1972-1982" |