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Lavorare stanca par Jean-Pierre Leonardini
La scène est peuplée d'un attirail inquiétant; pinces, poulies, trépans, tenailles... Il s'en sert alternativement, en prenant son temps. Ça gémit dans le sac, bientôt suspendu à un treuil. Une jambe courte gigote soudain hors de la toile. C'est terrifiant et saugrenu; une sorte de césarienne en l'air. On rit jaune. Ça sort enfin; un homme mûr, velu, trapu, ceint d'une couche-culotte. Il braille un peu. Il est remis de force dans une cloche en métal d'où sa main dépasse. L'autre en profite pour lui infliger des misères en prime. Le sac repart enfin en coulisses, avec sa cargaison souffrante et rigolote. Ils proposent aussi Richiamo,créé en 1975. C'est une "allégorie de la société industrielle". Ils y mettent en contradiction les valeurs de solidarité et les vices de forme dans la communication entre les êtres. On pense à Charlot coincé dans l'engrenage des Temps modernes. En novembre 1981, ils jouent Teatroà Lille. Le spectacle dure le temps de détricoter un rideau de scène de grosses cordes nouées. Il ne faut pas moins de trois heures pour le reconstituer après chaque représentation. Un vélo truqué sert à un exercice funambulesque. Ils font tapisserie, comme Pénélope, mais à l'envers. Ils finissent juchés sur une pelote géante. Le théâtre est pour eux une étrange manufacture. Ils y fabriquent des objets "introuvables" à l'aide d'outils improbables, échafaudent des "machines célibataires", détruisent enfin ce qu'ils ont façonné. Au terme du spectacle, leur corps est las de ces besognes en pur perte. Lavorare stanca(travailler fatigue); c'était le titre d'un recueil de poèmes de Pavese, leur illustre compatriote. L'expression va bien (va bene) à Remondi et Caporossi, Sisyphe sado-masos, exécuteurs testamentaires de Beckett.
Source : "Festival d'Automne à Paris 1972-1982" |