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Les ballades pour tympanum
Elles avaient donc un peu la fonction de nos cafés. Mais en outre, pour attirer la clientèle, dans ces maisons de thé étaient organisés des récitals de chansons ou ballades, des récits de conteurs; et les mêmes spectateurs revenaient tous les soirs les écouter, pour le prix d'une tasse de thé légèrement majoré afin de rémunérer (bien peu) les artistes. Aujourd'hui encore le public y est extrêmement populaire. Au palais de la Culture de Chengdu (en fait un parc d'amusement où les jeunes préfèrent le bal en plein air), la troupe de ballades pour tympanum du quartier Est, qui comprend sept artistes, deux hommes et cinq femmes, donne une repré sentation quotidienne, sans un jour de relâche, et au moment du Nouvel An donne même trois séances par jour; et ce sont, pour les trois quarts, les mêmes vieux spectateurs qui viennent soir après soir les écouter et participer en rêve pendant deux heures à la vie de ces héros de l'ancienne Chine. Le répertoire est, pour la majeure partie, commun aux romans, à l'opéra et à la littérature chantée et parlée; ce sont les mêmes histoires que l'on y retrouve. Mais mouler des récits identiques dans des genres si différents entraîne nécessairement des adaptations qui ont chacune leurs particularités, leur saveur individuelle. D'autre part, à l'intérieur des ballades, il y a des différences d'une province à l'autre; le dialecte, les mélodies et les instruments de musique qui les accompagnent varient d'une province à l'autre. Les ballades pour tympanum, yangqin,seraient venues au Sichuan à partir de la province du Guangdong, au XVIIIe siècle; elles auraient d'abord été accompagnées par le tambour formé d'un tube de bambou des ballades taoïstes. A l'origine, les mélodies étaient proches de celles des petits opéras paysans; ensuite furent intégrés des mélodies locales et des airs de l'opéra du Sichuan. Parallèlement furent ajoutés au tympanum, qui reste l'instrument principal, le luth à trois cordes, deux sortes de vièle, le huqinet le erhu,tandis que le tambour à une face et les cliquettes utilisées à l'opéra remplacèrent le tambour de bambou. Les voix furent différenciées sur le modèle des types de personnages à l'opéra: hommes, femmes, personnages violents et clowns. Les chanteurs jouent chacun d'un instrument et se placent à l'avant de part et d'autre du tympanum, les autres musiciens restant à l'arrière. Le chant comprend des parties en choeur, en particulier vers la fin, et la reprise par l'ensemble des musiciens de certaines phrases des chanteurs. Ce genre comprend plus de trois cents ballades, la plupart adaptations de légendes populaires ou de thèmes d'opéra. On y passe de la troisième à la première personne avec des passages en prose parlée. Ces parties en vers chantés constituent l'essentiel; les vers ont le plus souvent sept ou dix pieds avec deux césures par vers. Sur ces trois cents ballades, dix sont chantées en yuediao,suite fixe de mélodies dans la même tonalité; les autres sont chantées en "grands airs" dadiao,suites de mélodies, chacune avec sa tonalité. Celles-ci sont beaucoup plus variées et plus libres, avec des rythmes très différents, 8/4, 4/4, 2/4, 1/2, 4/2, mais le finale est le même quelles que soient les mélodies. Jadis ces ballades étaient surtout jouées par des aveugles; maintenant elles le sont par des professionnels ayant subi une formation spécifique, regroupés en troupes payées par les autorités locales et non plus par les recettes.
Source : "Chine" |