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Cinq ballades
Sanlang emmené vivant aux enfers
C'est une ballade et aussi une pièce de fantôme, que
l'on retrouve dans plusieurs genres d'opéra. Le sujet met en
scène des personnages du roman Au bord de l'eau.Dans
le livre, la femme de Song Jiang, Yan Xijiao, ayant une liaison avec
le secrétaire de son mari, Zhang Wenyuan, considère
son époux comme un gêneur et menace de le dénoncer
aux autorités en l'accusant d'avoir des relations avec des
brigands. Furieux, Song Jiang la tue et devra donc s'enfuir. Il rejoindra
les brigands dont il deviendra le chef. La ballade ajoute un épisode
qui ne figure pas dans le roman: le fantôme de l'épouse
assassinée vient la nuit chercher son amant pour l'emmener
aux enfers et le garder avec elle.
RESUME: le fantôme de Yan Xijiso en
se rendant chez son ancien amant se désole: "Fantôme
exilé dans la nuit de l'enfer/Qui à mes mânes
viendra sacrifier?".
En présence de Zhang Wenyuan, elle évoque leurs amours:
" Pour toi j'ai défait ma coiffure,/Pour toi j'ai perdu
ma jeunesse", lui répond en décrivant le chagrin
qu'il a éprouvé à la nouvelle de sa mort, mais
il s'affole vite quand il s'aperçoit qu'elle veut l'entraîner
aux enfers pour poursuivre leur union par-delà la mort.
Les trois crimes de Chen Shimei
L'histoire de Chen Shimei et Qin Xianglian se retrouve dès
la fin du Xlle siècle dans la plus ancienne forme d'opéra.
Chen Shimei, qui est marié et a deux enfants, part à
la capitale se présenter aux examens. Ayant été
reçu premier, il épouse la fille de l'empereur et n'ose
pas avouer qu'il est déjà marié. Une famine ayant
sévi dans son pays natal, ses parents meurent et sa première
épouse, Qin Xianglian, part pour la capitale avec ses deux
enfants, Yingge et Dongmei, pour essayer de retrouver son mari, dont
elle est sans nouvelles. Elle trouve refuge chez un aubergiste, qui
lui apprend que Chen Shimei est devenu gendre de l'empereur. Quand
elle va le voir, son mari refuse de la reconnaître et c'est
cette rencontre qu'évoque la ballade Les Trois crimes de
Chen Shimei.Par la suite, pour étouffer le scandale, Chen
Shimei essaye même de faire assassiner sa femme, mais il échoue.
Qin Xianglian le dénonce alors au juge Bao, qui, bien qu'il
soit gendre de l'empereur et malgré l'intervention de la princesse,
sa seconde épouse, le fait exécuter.
A cause du succès de cette histoire, qui ne présentait
pas un lettré sous un beau jour, Gao Ming, au XIVe siècle,
reprit ce thème dans l'opéra Le Luth,auquel il
est fait allusion dans la ballade; mais il changea le caractère
des personnages. Le héros doit épouser une princesse
malgré lui et il lui avoue qu'il est déjà marié.
Il fait rechercher sa première épouse, mais, le village
ayant été déserté après une famine,
il perd sa trace. La jeune femme, mendiant sur les routes en jouant
du luth, finit par arriver à la capitale, aperçoit son
mari dans un cortège, et quand elle arrive chez lui, elle y
est chaleureusement reçue par la deuxième épouse.
L'histoire se finit donc par un mariage à trois, ce qui était
admis en Chine, un homme pouvant avoir plusieurs femmes.
RESUME: Qin Xianglian accuse Chen Shimei
de l'avoir répudiée après avoir épousé
une princesse et être devenu riche. D'abord ému, il
se reprend et prétend qu'elle fait une erreur de personne.
Elle lui reproche successivement d'avoir manqué de piété
filiale en abandonnant ses parents, qui sont morts lors d'une famine,
de s'être séparé de sa femme et d'avoir caché
à sa nouvelle épouse qu'il était déjà
marié, d'avoir délaissé ses deux enfants. Elle
évoque le cas historique d'un lettré qui refusa la
main de la sceur de l'empereur pour rester fidèle à
son épouse. Chen Shimei lui répond cyniquement que
c'était un imbécile, s'emporte contre elle et, comme
elle s'accroche à lui en l'invectivant, il lui donne un coup
de pied et la fait chasser par ses gardes.
La Princesse battue
La Princesse battueexistait sous forme d'opéra dès
le XVIIe siècle, et cette tragi-comédie est aussi racontée
au chapitre 99 du roman Histoire de la dynastie Tang.Elle se
retrouve aujourd'hui dans la plupart des opéras locaux et donc
dans l'opéra du Sichuan. Le thème de cette ballade est
une querelle entre époux, le fils du général
Guo Ziyi et sa femme, fille de l'empereur. La rébellion d'An
Lushan (755-763) avait obligé l'empereur à fuir la capitale,
à accepter la mise à mort de sa concubine préférée,
Yang Guifei, accusée d'être cause des désordres,
et même à démissionner en faveur d'un de ses fils.
Guo Ziyi réussit à réprimer cette révolte,
ce qui lui valut d'être nommé prince de Luoyang, tandis
que son fils, héros de la ballade, épousait une fille
de l'empereur. Arrogante, celle-ci refusa de participer à un
banquet pour le 60e anniversaire de sa belle-mère (à
l'opéra on dit que c'est pour le 80e anniversaire de son beau-père,
le général Guo Ziyi). Son mari s'emporta contre elle
et la battit.
L'histoire raconte ensuite que la princesse alla se plaindre à
son père, l'empereur. Pour s'excuser, Guo Ziyi amena son fils
ligoté comme un coupable à la cour. A cause de ses anciens
mérites et considérant que ce n'était pas à
un souverain de se mêler de querelles familiales, l'empereur
donna au contraire un titre encore plus élevé à
Guo Ai, son gendre, tandis que l'impératrice intervenait pour
réconcilier les époux.
RESUME: Guo Ai revient chez lui, légèrement
ivre après le banquet en l'honneur de l'anniversaire de sa
mère, et sa colère monte car sa femme a refusé
d'y participer. Il arrive dans son appartement en renversant tout
et rappelle à la princesse que c'est lui et son père
qui ont permis à l'empereur de recouvrer son trône.
Quand elle lui dit que lui et sa famille en furent récompensés,
il évoque ses mérites. Elle l'accuse de vouloir usurper
le pouvoir et de manquer aux rites devant la fille de l'empereur.
Il lui rétorque que son père, au contraire, a envoyé
des cadeaux à sa mère et qu'elle, enfant gâtée,
oublie ses devoirs de bru. La scène de ménage s'envenime
et Guo Ai finit par battre sa femme: "Je déchire tes
habits brodés, / Je te battrai jusqu'à ce que mort
s'ensuive... / Le personnel du palais terrifié/N'ose pas
intervenir/Et court prévenir le pére de Guo Ai..."
Rencontre sous la pluie
Rencontre sous la pluieest tiré du début d'un opéra
classique, Prière à la lune.Sous la dynastie
des Song du Nord, au cours d'une invasion barbare, le père
ayant été mobilisé, une mère et sa fille
fuient devant l'ennemi; mais au cours de l'exode, la jeune fille,
Wang Ruilan, perd sa mère et rencontre un jeune homme, Jiang
Shilong, à qui elle demande secours. Cette ballade met en scène
un couple d'amoureux typique de la littérature chinoise: le
jeune lettré de talent qui tout à coup a les audaces
des grands timides et la belle jeune fille de bonne famille qui ne
manque pas de sens pratique et qui a le courage de ses sentiments.
Les jeunes gens se jurent fidélité, mais le père
de Wang Ruilan retrouve celle-ci et la ramène chez lui. Trois
ans plus tard, le jeune homme, ayant été reçu
premier aux examens impériaux, finit par l'épouser et
retrouve ainsi sa soeur, qui avait été recueillie par
la mère de Wang Ruilan. Comme dans beaucoup d'opéras
de l'époque Ming, un couple séparé par des événements
et l'opposition des parents finit par être réuni une
fois que le jeune homme a réussi l'examen pour devenir fonctionnaire.
RESUME: C 'est un dialogue entre la jeune
fille qui est perdue et le jeune homme qu'elle rencontre et à
qui elle demande de l'aide en surmontant sa timidité. Il
est aussi gêné qu'elle et, par maladresse, lui suggère
d'enlever ses habits pour les sécher, car ils sont mouillés
par la pluie, tout en ajoutant qu'il est trop pressé d'aller
à la recherche de sa soeurpour l'attendre. Elle finit par
le persuader de se faire passer pour un couple marié afin
de pouvoir voyager ensemble.
Retrouvailles après trente ans
L'histoire de Baili Xi figure dans l'ouvrage philosophique de Mencius
et dans le roman historique qui raconte les luttes des royaumes sous
l'Antiquité (chapitres 25 et 26) et elle a été
reprise dans différents opéras. Acculé par la
pauvreté, Baili Xi abandonne sa femme et son fils pour aller
chercher fortune dans d'autres pays. Devenu gardien de chevaux au
royaume de Chu, il est remarqué par le duc de Qin, qui le rachète
pour cinq peaux de mouton et le nomme premier ministre. Pressée
par la misère, sa femme était devenue laveuse dans le
même royaume et ainsi retrouve son mari après trente
ans.
Le thème de la plupart de ces ballades est typique des histoires
d'amour chinoises qui, au lieu de raconter une conquête comme
en Occident, évoquent la fidélité malgré
le temps et la séparation.
RESUME: l'épouse de Baili Xi, laveuse
au palais, entend un musicien et lui demande de lui permettre de
jouer de son instrument et de chanter pour dissiper sa tristesse.
La chambellan, surpris par son talent, demande à Baili Xi
de venir l'écouter. Croyant reconnaître son époux,
la femme dans sa chanson, évoque leur passé. Baili
Xi, malgré son chambellan insiste pour qu'on la laisse continuer
et, découvrant qu'elle est sa femme lui apprend qu'il l'avait
fait rechercher, mais en vain. Il chante: "Appuyés l'un
à l'autre en tremblant,/Nous nous retrouvons et le ciel finalement
se montre clément,/Nous aurons le bonheur de vieillir ensemble."
Cette ballade est en somme en contrepoint avec celle qui est intituléeLes
Trois crimes de Chen Shimei.
LA TROUPE INVITEE A PARIS:
Le groupe invité est celui des chanteurs de ballades pour tympanum
du quartier Est de Chengdu. Il comprend: XU ZHIXIU et LIN TONGQING,
diplômées de l'école de théâtre de
Chengdu, qui incarnent les rôles d'hommes jeunes et de vieilles
femmes, et qui jouent du tympanum (les chanteurs étant toujours
aussi musiciens), HUANG RONGHUA et KANG XIANHONG qui chantent des
rôles d hommes et jouent de la vièle, Ll JUANYI et HE
JINHUI qui chantent les rôles de femmes et jouent du luth à
trois cordes et des percussions. JIANG WEIFANG qui chante les rôles
d'hommes jeunes et d'hommes d'âge moyen et joue de la vièle.
Ces artistes ont reçu une formation générale
semblable à celle des acteurs d'opéra et ont, en outre,
été les élèves de chanteurs de ces ballades
pour tympanum, comme Liu Songbo, Zhang Dazhang, Hong Fengei, Liu Songbai.
Ce groupe a un répertoire de quarante-cinq ballades, dont les
thèmes reprennent souvent ceux d'opéras et de romans
traditionnels. Conception et réalisation de la maison de thé:
les Amitiés franco-chinoises, en collaboration avec l'Association
du Peuple Chinois pour l'amitié avec l'étranger (bureau
de Chengdu), scénographie Jean-Louis Boissier, construction
Atelier du Théâtre National de Chaillot.
Source : "Chine"
Ed. Festival d'Automne à Paris, p.82-85
Paris, 1986, 111 p.
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