Luigi Nono
Hermann Scherchen
Karl-Amadeus Hartmann

CORRESPONDANCE

Lettres éditées et traduites
par Dominique Rosset et Jurg Stenzl

 

Luigi Dallapiccola, Karl Amadeus Hartmann, Bruno Maderna, Luigi Nono, Hans Werner Henze, Iannis Xenakis: quelques noms, un choix seulement parmi les jeunes musiciens dont la formation, la vie même, ont été profondément marquées par la personnalité de Hermann Scherchen (1891-1966). Nous commençons enfin à saisir l'impact de ses activités dont témoignent ses écrits, correspondances et souvenirs, ses enregistrements. Un symposium à Lugano en 1984, un film de TV réalisé par Hansjörg Pauli et surtout l'exposition de Berlin en 1986 (et son catalogue, édité par Pauli et Dagmar Wünsche) ont esquissé un tableau plus complet de cette fascinante personnalité.

Etudier l'intense activité de Scherchen revient à une révision permanente de l'histoire musicale du deuxième tiers de notre siècle, à une mise en question de maintes idées, certes pratiques et maniables, mais inaptes à rendre compte d'une réalité complexe et contradictoire. Complexe et contradictoire - deux qualificatifs propres aussi bien à l'époque qu'à la personnalité de Scherchen.

Les lettres de Luigi Nono à Scherchen, son "Caro Maestrissimo", démontrent l'influence du maître, une influence qui ne s'est pas limitée aux seuls domaines musicaux. Aucun hasard si Nono utilise souvent le terme d'"homme-musicien°. "Homme-musicien° rejoint l'expression de Hansjörg Pauli: "homme de la Renaissance, l'encyclopédiste Scherchen, un musicien engagé dans tous les domaines de l'activité musicale, de la production à la réception°. "Homme- musicien° souligne en même temps l'éthique dont Dallapiccola parlait: "Tout ce qu'on a dit de son caractère, de sa dureté, correspond à la réalité. On avait parfois l'impression qu'il ne prenait absolument pas en considération les autres. Mais, souvent, ce n'était qu'une apparence: il agissait ainsi parce qu'il ne pouvait pas agir autrement. [...] A d'autres, il posait de très hautes exigences, et cela souvent d'une manière brusque, presque brutale. Mais peu de gens savaient ce qu'il exigeait de lui-même. "

La plupart des lettres écrites par Nono à Scherchen et à l'autre ancien étudiant de celui-ci, le grand compositeur Karl Amadeus Hartmann, fondateur et directeur de la légendaire série de concerts de musique contemporaine Musica Viva à Munich, sont en très grande partie écrites en allemand, un allemand sur fond d'italien (saufs les n° 1, 4, 6-8 qui sont en italien). Ce langage est presque intraduisible! Telle la traduction d'un poème, une version française ne peut que rendre le contenu du texte, au détriment de sa structure linguistique, pourtant souvent tout aussi significative de la pensée musicale de Nono.

Il s'agit ici d'un premier choix qui comprend 6 des 1O lettres adressées à Scherchen, et 1O des 54 lettres et cartes adressées par Nono à son ami Karl Amadeus Hartmann. Chaque document est traduit intégralement. Les notes et commentaires se limitent au strict minimum à la compréhension du contenu et de son contexte. Les éditions complètes des correspondances de Nono avec Scherchen, Hartmann, Maderna et Steinecke vont un jour donner lieu à un des portraits les plus fascinants des années 50 et 60.

Pour faciliter l'orientation du lecteur, les documents se suivent en ordre chronologique, complétés par quelques dates importantes dans la carrière du compositeur italien.

- 27 août 1950: Scherchen dirige à Darmstadt (Kranichstein) "l'opus 1" de Luigi Nono, les Variazioni canoniche sulla serie dell'opus 41 di Arnold Schoenberg (1950).

 

Les lettres de Luigi Nono à Hermann Scherchen se trouvent dans les Archives Hermann Scherchen de l'Akademie der Künste à Berlin-Ouest.

Elisabeth Hartmann, la veuve de Karl Amadeus Hartmann, a déposé les correspondances de son mari à la Bayerische Staatsbibliothek de Munich.

Nous remercions très sincèrement Luigi Nono, l'Akademie der Künste et Madame Elisabeth Hartmann de nous avoir donné accès à ces correspondances. Luigi Nono a généreusement accordé la permission de traduire ces lettres et d'en publier un certain nombre, encore inédit à ce jour (les n° 1, 4, 6-10, 12, 13, 15 et 18).

 

Source : "Luigi Nono" (Livret-programme)
Ed. Festival d'Automne à Paris, Contrechamps,
Paris, 1987, p.35

©Festival d'Automne à Paris, Contrechamps

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