6. A HERMANN SCHERCHEN

(Venise
14.12.53)

 

Très cher maître! la vraie joie de Munich a été, d'une manière encore plus simple et évidente, la très belle réalité de notre très forte union dans la vie et dans la musique. En train pour l'Italie, Bruno et moi avons parlé avec un en thousiasme particulier et nous avons constaté encore une fois l'importance fondamentale pour nous de vous avoir connu, de vous avoir rencontré à Venise en 1948 et d'avoir été tout de suite unis à vous. En 1948 tout a vraiment commencé pour nous.

Ce que Bruno et moi sommes aujourd'hui, nous le sommes parce que nous sommes vos fils.

Tous les deux sommes partis de Munich encore transformés, surtout Bruno qui a eu une mauvaise période, et maintenant il travaille avec joie comme un fou. Et cela, comme Bruno disait, parce que nous nous sommes retrouvés tous en famille.

Le succès de Munich est le succès de la bande à Scherchen. Quand vous m'avez parlé, critiqué, enseigné, cela a été très important parce que cela précédait un nouveau travail. La toute dernière expérience m'aidera à faire mieux.

J'ai déjà écrit à Schott (Pilz) et tout demandé concernant les partitions et le matériel. J'ai écrit à Widmer (1) et demandé d'autres calques pour terminer la copie de la partition des Due espressioni (un quart me manque encore); j'enverrai tous nos calques à Widmer.

J'écris immédiatement à Bruno à propos de tout ca.

Concernant Nabokov (2) 2: encore à Munich nous en avons parlé avec Bruno à Karl Amadeus. Karl avait un programme général dans lequel votre concert (13 avril) est indiqué avec le même programme que dans votre lettre.

La couleur politique y est peut-être, j'en ai parlé à Venise avec les camarades et ils m'ont conseillé d 'accepter parce qu'il est aujourd'hui nécessaire d'être présents partout et de faire entendre nos voix.

Nabokov est disposé à faire exécuter un travail de Bruno (nous en avons parlé ensemble à Munich), et Bruno pense à un travail pour peu d'instruments comme vous le lui avez conseillé. C'est peut-être aussi pour faire diriger un concert par Bruno parce que les programmes des concerts de chambre ne sont pas encore fixés.

Heinz Schroeter (3) m'avait déjà écrit au sujet du Francfort Modernes Musikfest. Je lui ai envoyé la liste de mes oeuvres en lui suggérant de penser à la création de l'Epitaphe pour F. Garcia Lorca (toutes les parties ensemble (4)). Pas encore de réponse.

C'est la raison pour laquelle je m'étais mis d'accord avec Steinecke pour la création des Gesänge nach Eluard pendant les Ferienkurse dans le concert dirigé par vous (avec l'orchestre de la radio de Francfort) (5) . Qu'est-ce que vous en pensez ?

Bruno et moi seront presque certainement à Paris autour du 10 janvier: nous viendrons sûrement mais nous ignorons encore exactement quand.

Comment va Manna ou Amann ???
(6)

Des voeux et salutations affectueux particulièrement à Madame Pia: nous sommes avec vous tous dans l'attente et pour saluer le nouveau Scherchen (7)...

Je vous embrasse

Votre

Gigi

 

1) Responsable commercial de Ars Viva.

2) Nicolas Nabokov (1903-1978), organisateur du Festival de musique du XX' siècle à Paris en 1952 et en 1954.

3) Heinz Schröter (1907-1974), pianiste allemand, responsable de 1953 à 1957 des émissions musicales du Hessischer Rundfunk à Francfort où il a fondé en 1946 les Semaines de musique nouvelle.

4) La création intégrale de l'Epitaphe n'aura lieu que le 4 octobre 1957 à Berlin.

5) Scherchen a effectivement dirigé la création de La Victoire de Guernica d'après Paul Eluard le 25 août 1954 à Darmstadt.

6) Manna, Amann: surnom de la fille de Scherchen, Esther, avec "permutation"...

7) du Festival de Rome

 

Source : "Luigi Nono" (Livret-programme)
Ed. Festival d'Automne à Paris, Contrechamps,
Paris, 1987, pp. 39-40

©Festival d'Automne à Paris, Contrechamps

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