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A KARL AMADEUS HARTMANN
[30.4.56 Très cher K.A. Tel est mon nouveau il canto sospeso: 1) preludio (pour orchestre seul) durée environ 30' effectif de l'orchestre:
texte aussi en allemand. Maintenant tu peux te faire une idée du tout. Concernant le choeur, le plan te montre qu'il est indispensable et qu'il est impossible de penser le faire sans choeur ou sans orchestre. Ces prochains jours, j'envoie la partition à Schott/Mayence. Malheureusement je ne peux pas encore t'en envoyer une directement; mais j'espère très bientôt. La création devrait se faire à Darmstadt (Kranichstein): pas encore de réaction directe de Steinecke (difficultés à cause du chef et du choeur) (1). Je te raconte tout parce que tu dois le savoir. J'étais avec Scherchen à Florence et Gravesano et nous avons parlé de la création, surtout de l'endroit. Je te dis, comme je lui ai dit: aujourd'hui ce serait pour moi un grand honneur et plaisir dans deux villes: Munich chez Musica Viva, Turin à la RAI (dans mon pays!!!!!!!!!! enfin!!!!!!!!!!). A Munich aussi à cause du public de là-bas. Cela veut dire que là, il y a une relation directe avec la vie; notre travail de mois ou d'années pendant lesquels nous étions seuls avec joies et angoisses, seuls ou pas seuls, avec enthousiasme ou colère, où tout semblait merveilleux et impossible, notre travail est présenté à des hommes qui n'aimeraient qu'écouter et comprendre, des hommes de toutes les classes. Turin: tu sais comment c'est dans mon pays, toujours!!! Ce serait tellement beau de voir mon travail créé ici, dans mon pays!!! C'est assez triste pour moi de ne pas être connu ici directement par mon travail. Parce que ce n'est qu'à travers le travail qu'on vit, qu'on peut connaître et reconnaître. Et parfois par conséquent, je me sens ici sans air et sans terre. Et j'ai besoin de cet air et de cette terre parce que je suis d'ici et, sans cet ici, je ne pourrais pas être et devenir. A Munich tu as des difficultés: on le sait, comme on sait comment tu luttes. Tu n'as rien besoin de dire, surtout à moi: ce que tu fais est très beau et important pour nous tous. Ce que tu peux faire là-bas, tu le fais: chacun de nous le sait. Et c'est TOUT! ainsi toi comme moi n'avons rien à ajouter à ce sujet. Scherchen m'a parlé du Dr. Faustus de Busoni chez toi: très beau!! Il m'arrive d'étudier Busoni en détail. J'ai reçu de Breitkopf les réductions de Dr. Faustus et Turandot que je suis en train d'étudier. Il canto sospeso est mon oeuvre précédant celle prévue pour le théâtre. C'est aussi pour ça que je suis particulièrement amoureux de Busoni maintenant. Je pense qu'il est le seul en Italie qui a compris le théâtre. Dans ce siècle. Tous les autres jouent seulement sur l'équivoque et le faux et la bêtise (Pizzetti-Casella Malipiero: faux faux faux, contre l'histoire, contre le développement). Busoni est encore aujourd'hui sans terre ici! Le temps viendra assurément ou l'on va enfin comprendre, après le siècle dernier (Verdi) que l'unique authentique est Busoni. La bêtise est encore très grande chez nous, aujourd'hui! Dans ce pays on ne devrait pas faire une seule révolution, mais trois au moins!!!! C'est peut-être encore trop peu. Si vous voulez passer quelques jours tout à iait en paix, venez donc ici chez nous! Si Richard le doit ou le veut, il a toujours ici une chambre! (2) Je reste encore ici: pour terminer il canto sospeso (seulement le choeur final). Mais je continue aussitôt (un quintette à vent) et le théâtre!!!!!!!!!!!! Comment vas-tu? Je ne viens malheureusement pas à Francfort (bêtises également là-bas ! ); ainsi malheureusement je ne peux pas encore entendre ton concerto pour alto3. A quoi travailles-tu maintenant ? Cordialement à toi, Elisabeth, Richard, de Nuria et moi`
1) Il canto sospeso sera créé par Scherchen
le 24 octobre 1956 à Cologne.
Source : "Luigi Nono" (Livret-programme)
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