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Karlheinz Stockhausen
Notes sur les oeuvres
Les notes sur les oeuvres sont classées par ordre
alphabétique.
Elles proviennent pour la plupart de programmes de concerts et de
pochettes de disques, et se trouvent dans les volumes II à
VI des Texte zur Musik de Stockhausen publiés par DuMont,
Köln.
Nous avons conservé, pour toutes les oeuvres, le titre allemand
(toujours traduit à sa première apparition). En revanche,
les personnages de Licht apparaissent, dans le corps du texte,
sous leur forme française.
DONNERSTAGS-ABSCHIED (MICHAELS-ABSCHIED) (1980)
(Adieu du Jeudi, Adieu de Michel)
Pour 1 trompette enregistrée sur 5 canaux
Donnerstags-Ahschied est né en 1980, en relation avec Vision.
A la fin de Vision, cinq trompettistes revêtus des costumes
de Michel apparaissent sur cinq toits ou balcons situés autour
de la place de l'Opéra. Chacun est éclairé, telles
des statues, et répète, indépendamment des autres,
une partie de la formule de Michel pendant environ trente minutes,
en guise de signal, avec des pauses variables.
Les cinq trompettistes s'arrêtent de jouer l'un après
l'autre suivant l'ordre des parties de la formule, et se retirent
de manière stylisée.
La création scénique de Donnerstag aus Licht eut
lieu le 15 mars 1981 à 19h30 au Teatro alla Scala de Milan
sous la direction de Peter Eötvös.
DRACHENKAMPF und ARGUMENT (1980)
(Combat du dragon et Argument)
Pour trompette, trombone, synthétiseur / ténor, basse
/ un percussionniste / 2 danseurs
Michel apparaît sous les traits de deux personnages, comme trompettiste
et comme danseur. Chacun porte le même costume bleu clair avec
l'emblème de Michel. Le trompettiste joue successivement la
mélodie de Michel, la mélodie d'Eve et la mélodie
de Lucifer. Il est accompagné par un organiste situé
au fond de la scène qui prononce, d'abord sourdement, puis
à voix haute, et finalement en chantant, les mots suivants:
"Il n'y a pas de chez soi, les anges aussi sont
éternellement en chemin."
Un globe terrestre roule sur la scène. Michel-le-danseur l'ouvre.
Un petit diable noir en sort rapidement, tombe tout de suite par terre,
se trémousse, bondit, se roule comme un poisson jeté
sur la rive. Parfois il se rapproche trop de Michel-le-danseur, en
gardant toujours les bras croisés sur la poitrine. L'organiste
dit en chuchotant: "Oh! Prr! Le diable au centre de la terre!"
Soudain, le diable se fige complètement, décroise lentement
les bras, montre en l'élevant sur la pointe des doigts un globe
terrestre bleu qu'il donne à Michel-le-danseur. Celui-ci se
tourne vers le trompettiste, et s'en rapprochant, lui remet le globe.
Michel-le-trompettiste observe attentivement le globe en le tournant
dans sa main, puis il va vers un aquarium en verre transparent et
jette le globe dans l'eau.
Furieux, le diable frappe du pied, bondit, se roule, se trémousse,
émet des sons menaçants - et attaque Michel-le-danseur
qui se tourne vers le trompettiste pour lui demander son aide. Celui-ci
vient à son secours à grands pas et tire sur le diable
avec la trompette. Alors, Lucifer se précipite sur scène
avec des claquettes tout en jouant du trombone; il est déguisé
en torero avec l'emblème de Lucifer. Il tape du trombone et
des pieds. Le diable sautille par terre et se transforme en dragon.
Michel et Lucifer se livrent désormais un double duel violent
que l'organiste, comme personnage impartial, accompagne et
suit fébrilement en poussant des cris et des exclamations.
Acculés à la dernière extrémité,
les deux Michel assènent cependant progressivement 15 coups
au dragon-diable, jusqu'à ce que les deux Lucifer s'écroulent,
grièvement blessés. Michel-le-danseur court vers le
trompettiste, va chercher la sourdine (Flüster-Dämpfer)
de celui-ci, court vers le dragon- diable, pose un pied sur sa tête
et lui enfonce la sourdine dans la gueule où elle reste coincée.
Les deux Lucifer essaient encore trois fois de se redresser - avec
des gestes d'agonie terribles - ils se cabrent, tombent sur le ventre,
se tordent, palpitent, ont les jambes en l'air, se relèvent,
retombent, se dégonflent.
La lumière s'éteint. Seuls le globe terrestre, qui flotte
dans l'eau, le visage de l'organiste et deux rin (1) sur un
pupitre sont illuminés. L'organiste commence à jouer
un duo brillant. Le trompettiste entre dans l'obscurité en
jouant doucement, et Michelle-danseur court vers le petit globe, le
pousse encore une fois et frappe en mesure, comme une horloge, des
clochettes. Au point culminant du duo, l'organiste s'écrie
en parlé-chanté (Sprechgesang):
"Les enfants des nuages exultent!
Les animaux sauvages se laissent mener par les enfants.
Des voix angéliques résonnent.
Exultent la Terre et MI-KA-EL."
Une troisième figure de Michel entre depuis la droite et se
dirige vers le trompettiste en chantant avec une voix de ténor:
"MI-KA-E-HELL:
Lucifer crée à nouveau des problèmes!"
Au même moment, la basse Lucifer hurle d'en haut les mots suivants:
"Michel, bouffon!
Homme-bouffon
Homme-bouffon, bouffon!
De retour...
Pour Te moquer de Ton frère!
(rire sarcastique) Ha -------"
Les cloches tubulaires commencent à sonner; les trois Michel
fixent Lucifer, qui s'approche de la balustrade de la galerie; celuici
ne regarde que le ténor Michel qu'il entraîne dans une
dispute. Chacun trouve des arguments pour se faire comprendre. Le
tromboniste, à moitié agenouillé, se retire et
s'immobilise au bord de la scène à gauche, le trombone
embouché. Le dragondiable - grièvement blessé
- s'éloigne à reculons sur son ventre, jusqu'à
ce qu'on ne voie plus que sa tête et ses avant-bras. Ils suivent
le dialogue entre la basse Lucifer et le ténor Michel. Le tromboniste
et le trompettiste accompagnent et commentent la basse et le ténor.
La version autonome de Drachenkampf und Argument fut écrite
en 1986-87, sur une commande de Blaise Calame pour les Nuits de la
Fondation Maeght.
Drachenkampf - comme toute la scène Festival (de l'opéra
Donnerstag aus Licht) - est dédié à mon
fils Simon.
EINGANG und FORMEL (1978)
(Entrée et Formule)
Pour trompette
Eingang und Formel est le début du 2ème acte:
Michaels Reise um die Erde (Voyage de Michel autour de la terre)
de l'opéra Donnerstag aus Licht.
La version originale est pour trompette et orchestre. Pour des représentations
en concert, cette scène d'introduction est éditée
comme solo pour trompette.
Eingang und Formel est dédié à Markus
Stockhausen.
Le trompettiste joue la formule de Michel, une des trois formules
(qui sont: Eve, Lucifer, Michel) sur laquelle toute l'oeuvre Licht
est basée.
La formule noyau de Licht est faite de cinq parties qui sont
séparées par des pauses. Pour obtenir la formule de
Michel qui, elle, est composée de sept parties, on intercale
à la formule noyau des "interventions" (Variation,
Echo, Echelle de sons, Modulation, "Souffle"), des "silences
colorés", des "bruissements différents".
Les parties ont des timbres différents qui sont obtenus par
la trompette, soit ouverte, soit avec quatre sourdines différentes,
soit par des façons spéciales de jouer. En plus, les
sept parties ont des intervalles différents et des dynamiques
différentes qui caractérisent chacune des parties. La
formule de Michel a douze tempi différents d'après une
échelle chromatique entre 63,5 et 120.
EXAMEN (de DONNERSTAG aus Licht) (1979)
Pour ténor, trompette, danseur, cor de basset et piano
Michel fait un triple examen pour être accepté à
la haute école de la musique.
Dans le ler examen, Michel, dans le rôle de sa mère,
retrace sa jeunesse comme chanteur.
Dans le 2ème examen, il retrace, dans le rôle de son
père, sa jeunesse comme trompettiste. Mondeva apparaît
dans l'air, comme ange gardien de Michel.
Dans le 3ème examen, il retrace, dans son rôle d'enfant,
sa jeunesse comme danseur, en dansant, chantant, et jouant de la trompette
simultanément sous les traits de trois figures - disparaissant,
parfois rapide comme l'éclair, en tant que chanteur ou trompettiste,
et réapparaissant à un autre endroit.
IN FREUNDSCHAFT (1977)
(Amicalement)
Pour trombone
La composition In Freundschaft fut conçue dès
le départ de façon à pouvoir être jouée
par différents instruments solos. La première version
est née le 24 juillet 1977 à Aix-en-Provence, et est
un cadeau d'anniversaire pour la clarinettiste Suzanne Stephens.
In Freundschaft est composé en trois couches - selon une
polyphonie horizontale - et exige un art particulier de l'écoute.
Au début apparaît la formule à partir de laquelle
la pièce tout entière est composée. Elle a cinq
parties, séparées par des pauses. Du dernier intervalle
(seconde mineure) de la cinquième partie, surgit à travers
une accélération progressive un trille dans le registre
moyen qui déterminera toute la composition. Ensuite la formule
intervient à l'intérieur des trois couches: les parties
d'une couche supérieure, calme, à peine audible, et
d'une couche inférieure, forte, rapide alternent autour de
la couche médiane, formée des segments du trille auxquels
se rapportent tous les sons. Quiconque écoute attentivement
découvrira que la couche supérieure et la couche inférieure
se réfléchissent l'une l'autre, temporellement et spatialement.
Elles se rapprochent l'une de l'autre chromatiquement en sept phases,
échangent leurs parties et s'unifient en une mélodie
continue dans le même registre. Le processus éclate par
deux fois en cadences enthousiastes: la première fois "librement"
après la troisième phase, la deuxième fois "avec
véhémence - avec bonheur" après la sixième
phase. Par endroits, le tempo est si ralenti, ou une constellation
sonore si rapidement répétée, que l'on peut entendre
les détails les plus subtils de la formule, et la beauté
sonore fait oublier un instant le processus de développement.
Différenciation claire, relation avec un centre commun constant,
échange, rapprochement, mouvement des éléments
vivants, croissant vers la fin de la formule: In Freundschaft.
GESANG DER JUNGLINGE (1956)
(Chant des adolescents)
Musique électronique
Le travail sur la composition électronique Gesang der Jünglinge
était basé sur l'idée de concilier des sons chantés
avec des sons électroniques: il fallait pouvoir les entendre
aussi rapides, longs, forts et doux, aussi denses et entrelacés,
dans des intervalles aussi petits et grands et dans des différences
de timbres aussi nuancées que l'imagination le souhaitait,
libérés des limites physiques de quelque chanteur que
ce soit. Aussi fallait-il composer des sonorités électroniques
beaucoup plus différenciées que celles composées
jusqu'à présent, puisqu'un phonème chanté
représente sans doute ce qu'il y a de plus complexe dans la
structure sonore - à l'intérieur de l'échelle
qui s'étend des voyelles (sons) jusqu'aux consonnes (bruits)
- et que par conséquent une fusion de tous les timbres utilisés
dans une famille de sonorités n'est perceptible que si les
sons chantés peuvent apparaître comme des sonorités
électroniques et vice versa. A des endroits déterminés
de la composition, les sonorités chantées sont devenues
parole compréhensible, à d'autres moments, ils restent
de pures valeurs sonores, et entre ces extrêmes il y a différents
degrés d'intelligibilité de la parole. Des syllabes
et des mots isolés sont tirés du "Cantique des
trois adolescents dans la fournaise" (3ème chapitre du
Livre de Daniel). Chaque fois que le signe sonore de la musique
devient momentanément langage, c'est pour louer Dieu.
Mais à une expérience aussi nouvelle en matière
de langage musical s'ajoute quelque chose de tout aussi essentiel:
la direction et le mouvement des sonorités sont organisés
ici pour la première fois par le musicien et deviennent perceptibles
comme dimension nouvelle de l'expérience musicale. Gesang
der Jünglinge est en effet composé pour 5 groupes
de haut-parleurs, qui doivent être disposés autour des
auditeurs dans l'espace. De quel côté, par combien de
haut-parleurs à la fois les sonorités et groupes de
sonorités sont diffusés dans l'espace, s'ils le sont
dans une rotation à gauche ou à droite, en partie figés
et en partie mobiles, tout cela devient déterminant pour cette
oeuvre.
HYMEN (1966-67)
(Hymnes)
Musique électronique et concrète
Depuis plusieurs années déjà, j'avais le projet
de composer une oeuvre importante de musique électronique,
vocale et instrumentale avec les hymnes nationaux de tous les pays.
En 1966 j'en ai commencé la réalisation au Studio de
musique électronique de la WDR. Jusqu'à ce jour, quatre
régions d'une durée totale d'environ 113 minutes
ont été écrites. Dans chaque région il
y a des hymnes déterminés qui forment des centres,
auxquels se réfèrent musicalement de nombreuses
autres nations avec leurs têtes caractéristiques.
La première région a deux centres: L'Internationale
et la Marseillaise. Elle se développe comme une forme
rigoureuse et directionnelle à partir d'un charabia international
provenant d'émetteurs à ondes courtes. Je l'ai dédiée
à Pierre Boulez.
Les première et deuxième régions se suivent sans
transition. Elles sont reliées par un flot sonore aigu qui,
au début de la Marseillaise, avait jailli d'un son profond
et distordu, puis survolé toute la région jusqu'à
la fin, devenant pour un long moment tout à fait libre; après
avoir traversé neuf piliers sonores (avec lesquels commence
la deuxième région), il est précipité
vers le bas et finit par être reconnu en tant que cris humains,
qui se transforment encore en cris d'oiseaux - nasillement de canards
- hurlements d'une foule humaine - jusqu'au rappel profondément
sombre de la Marseillaise, à un tempo huit fois plus lent.
La deuxième région a quatre autres centres: l'hymne
de la République Fédérale d'Allemagne,
un groupe d'hymnes africains, mélangés et alternés
avec le début de l'hymne russe; et à la fin d'une
transition tout à fait continue entre le centre allemand et
le centre africain, un centre individuel qui - en tant que
réflexion sur un deuxième hymne allemand du passé
- dévoile le processus de toute la composition et brise soudainement
le temps: c'est l'enregistrement original d'un instant du travail
en studio, où un deuxième présent devient simultané
avec le passé et le passé antérieur. Cette deuxième
région est dédiée à Henri Pousseur. Les
deux régions ensemble ont une durée d'environ 56 minutes.
La deuxième et la troisième région doivent être
séparées par une pause assez longue.
La troisième région a trois centres. Elle commence avec
la suite de l'hymne russe, lent et cette fois-ci non mélangé;
c'est le seul hymne entièrement réalisé avec
des sonorités électroniques et dans lequel on trouve
l'expansion harmonique et rythmique la plus grande que j'aie jamais
composée. Suit l'hymne américain, qui forme un
deuxième centre et qui entretient - à travers des collages
fugitifs et des mixtures pluralistes - les rapports les plus variés
avec tous les autres hymnes. Les derniers sons d'ondes courtes laissent
entendre "in a few seconds across the ocean" et débouchent
dans le centre exalté de l'hymne espagnol. La troisième
région dure environ 24 minutes. Elle est dédiée
à John Cage. Suit une brève interruption.
La quatrième région a un centre double: l'hymne suisse
et un hymne appartenant à l'empire utopique de l'Hymunion
dans l'Harmondie sous Pluramon - c'est l'hymne le
plus long et le plus pénétrant de tous: il est transformé
à partir de l'accord final de l'hymne suisse en une pulsation
tranquille de basse obstinée, au-dessus de laquelle se concentrent
des blocs, des surfaces et des voies gigantesques dans l'abîme
desquels sont criés des noms avec leurs multiples échos.
La quatrième région dure environ 32 minutes et demie
et est dédiée à Luciano Berio.
Les hymnes nationaux sont la musique la plus connue que l'on puisse
imaginer. Tout le monde connaît l'hymne de son pays et peut-être
encore quelques autres, du moins leurs débuts.
Si l'on intègre de la musique connue dans une composition de
musique inconnue et nouvelle, on entend particulièrement bien
de quelle manière elle a été intégrée:
non transformée, plus ou moins transformée, transposée,
modulée, etc. Plus le quoi va de soi, plus on est attentif
au comment.
Naturellement, les hymnes nationaux sont plus que cela: ils sont "chargés"
de temps, d'histoire - de passé, de présent et d'avenir.
Ils mettent l'accent sur la subjectivité des peuples à
une époque où l'universalité est trop souvent
confondue avec l'uniformité. La subjectivité et les
interactions entre les sujets musicaux doivent également être
distinguées de l'isolement et de la séparation individualistes.
La composition Hymnen n'est pas un collage.
Les multiples interactions, aussi bien entre les différents
hymnes eux-mêmes qu'entre ces hymnes et les nouvelles formes
sonores abstraites pour lesquelles nous n'avons pas de nom, sont entièrement
composées.
De nombreux processus compositionnels d'inter-modulation ont été
appliqués. Par exemple, le rythme d'un hymne est modulé
avec l'harmonie d'un autre hymne, ce qui en résulte avec la
courbe d'intensité d'un troisième, ce résultat
est à son tour modulé avec la constellation des timbres
et le déroulement mélodique des sonorités électroniques;
sur ce dernier résultat enfin se greffe encore une forme de
mouvement spatial. Parfois, les parties d'un hymne sont intégrées
à l'état brut dans l'environnement d'événements
sonores électroniques, presque sans être modulées;
parfois, les modulations vont jusqu'à les rendre méconnaissables.
Entre les deux extrêmes, il y a des degrés et des échelons
multiples de perceptibilité.
En plus des hymnes nationaux, d'autres "objets trouvés"
ont été utilisés: des bouts parlés, des
bribes de mélodies populaires, des conversations enregistrées,
des événements provenant de récepteurs à
ondes courtes, ainsi que des enregistrements de réunions publiques,
de manifestations, d'un baptême naval, d'une épicerie
chinoise, d'une réception officielle, etc.
Les grandes dimensions sur le plan du temps, de la dynamique, de l'harmonie,
du timbre, du mouvement spatial, de la durée globale et l'inachèvement
de la composition découlaient du caractère universel
du matériau ainsi que de l'ampleur et de l'ouverture dont j'ai
fait l'expérience en travaillant sur ce projet - unification,
intégration de phénomènes anciens et nouveaux,
apparemment sans rapport.
Dissimule ce que tu composes dans ce que tu entends. Cache ce
que tu entends.
Place quelque chose à côté de ce que tu entends.
Place quelque chose loin en dehors de ce que tu entends. Soutiens
ce que tu entends.
Poursuis longtemps un événement que tu entends.
Transforme un événement au point de le rendre méconnaissable.
Transforme un événement que tu entends en l'événement
précédent que tu as composé.
Compose ce qui selon toi va arriver .
Compose souvent, mais écoute longuement aussi ce qui est
déjà composé, sans continuer de composer.
Mélange toutes.les indications.
Accélère de plus en plus le flux de ton intuition.
KATHINKAs GESANG als LUZIFERs REQUIEM (1982-83)
(Chant de Kathinka comme Requiem de Lucifer)
Pour flûte et 6 percussions
Il s'agit de la 2ème scène de l'opéra Samstag
aus Licht. Elle peut être représentée seule
en version scénique ou concertante. Sa durée est d'environ
33 minutes. Pour des représentations concertantes, il est également
possible d'enregistrer la percussion sur six canaux et de la diffuser
par haut-parleurs pendant que joue la flûte. L'oeuvre peut aussi
être jouée par une flûte solo. Deux autres versions
existent pour flûte et musique électronique (sur six
canaux) ou pour flûte et piano (enregistrement du piano sur
cinq canaux avec un piano concertant).
Samstag aus Licht (Saturnstag) est le Jour de Lucifer: jour
de la mort, nuit de transition vers la lumière.
Comme Lucifer, chaque homme - enchanté par la nature sensuelle
de la musique de la vie - meurt d'une mort apparente. Ainsi, Luzifers
Requiem est destiné à chaque homme qui cherche la
lumière éternelle.
Par des exercices musicaux qu'elle écoute régulièrement
pendant 49 jours après sa mort physique, l'âme d'un mort
est protégée des tentations par le Chant de Kathinka,
qui la conduit vers la claire conscience. Pour se préparer
à la mort, on peut apprendre, de son vivant, à écouter
ces exercices de manière juste.
KATHINKA:
KAT (Cat - chat, la forme animale de Samedi)
THINK (songe)
A (Alif-Alpha, au commencement, à l'origine).
Kathinka chante avec la flûte et la voix.
Six percussionnistes - les six sens mortels - produisent la résonance
avec des plaques sonores et des "instruments magiques":
1. la vue
2. l'ouïe
3. l'odorat
4. le goût
5. le toucher
6. la pensée
Kathinkas Gesang commence avec un Salut. Ensuite, l'âme
est instruite à travers 2 x 11 exercices et 2 pauses en
24 stades qui forment un processus homogène et qui sont
indiqués clairement par les signaux du fa (3). Ces Exercices
sont suivis par:
Le congédiement des sens
Issue
Les 11 sons de trombone
Le cri.
Le congédiement des sens est un double agrandissement
de la formule de Lucifer, un demi-ton plus bas sur mi bémol,
avec les 7 signaux du fa(3 )au début des 7 segments. Sont congédiés
successivement:
le 4ème sens: le goût,
le 1er sens: la vue
le 5ème sens: le toucher,
le 3ème sens: l'odorat,
le 6ème sens: la pensée,
et en dernier, le 2ème sens: l'ouïe.
Ensuite, dans Issue, le dernier souffle se transforme lentement
en un rire aigu, mourant, qui débouche sur le noyau de la formule
de Lucifer, Les 11 sons de trombone, arrachés à
la flûte à la fin de Kathinkas Gesang.
Le cri est-il la rédemption pour la renaissance, l'extinction
éternelle ou l'entrée dans la lumière claire?
C'est chaque âme défunte qui en décidera elle-même.
Par l'écoute attentive, Kathinkas Gesang als Luzifers Requiem
conduit les âmes des morts à la conscience claire. Si
Luzifers Requiem est joué pour aider un défunt,
il faudrait l'éxécuter deux, trois, quatre fois par
jour, voire plus souvent, pendant 49 jours après sa mort physique:
avec flûte et percussion, avec flûte et bande magnétique,
avec flûte et musique électronique (ou avec piano enregistré
et piano concertant), ou avec une flûte solo.
Kathinkas Gesang als Luzifers Requiem est une commande du Sudwestfünk
de Baden-Baden. I a été écrit en février
et mars 1983 à Diani Beach près de Mombasa (Kenya),
avec la collaboration de la flûtiste Kathinka Pasveer à
qui il est dédié.
KLAVIERSTUCKE
Les Klavierstücke s'articulent en une série de cycles.
Le premier cycle, de I à IV a déjà été
publié.
Je travaille en ce moment (1988) au deuxième cycle, de V à
X.
Les pièces V à VIII sont terminées.
J'ai écrit les parties I à IV en 1952-53 à Paris,
c'est-à-dire avant Kontra-Punkte pour 10 instruments.
Si, après avoir travaillé pendant un an à des
compositions de musique électronique exclusivement, je m'attelle
maintenant et en même temps à des pièces pour
piano, c'est que je trouve dans les compositions les plus strictes
du point de vue structurel des phénomènes musicaux essentiels
qui se dérobent à une mesure objective. Ces phénomènes
n'en sont pas moins réels, détectables, imaginables
et sensibles. Mais, pour le moment du moins, je peux rendre ces choses
plus clairement par le traitement d'un instrument et d'un interprète
que par une composition électronique. Il s'agit ici tout d'abord
d'un nouveau sentiment du temps dans la musique, sentiment que les
infiniment fines nuances "irrationnelles", les mouvements
et les fluctuations d'un bon interprète approchent parfois
de plus près qu'une nuance calculée au centimètre.
De tels critères formels à caractère statistique
nous placent dans un rapport nouveau, jusqu'ici inconnu, face à
la question de l'instrument et du jeu instrumental.
KLAVIERSTUCKE I-IV (1952-53)
Les Klavierstücke I-IV, créés en 1954 lors
des cours d'été de Darmstadt par Marcelle Mercenier,
furent dominés par un concert de sifflements d'une rare intensité.
On y trouve déjà une transition entre des structures
ponctuelles (IVème pièce) et des formes complexes, plus
hautement organisées (Ière pièce). Avec ces pièces
débute ce qu'on a appelé "Gruppen-Komposition"
(Composition par groupes). Ces remarques mises à part, le silence
("pause") est introduit dans ces pièces suivant de
nombreux modes de jeu dans la composition. Une manière possible
d'introduction à cette musique serait de prêter une attention
particulière à la façon dont ces silences sont
composés et répartis dans le temps; à la longueur
et à la densité avec lesquelles on les ressent - selon
que le silence est précédé ou suivi de sons forts
ou doux, de groupes de sons plus ou moins fournis. Car, jusqu'à
aujourd'hui, cela n'entrait pas dans l'apprentissage de notre langage
musical: se taire au bon moment, et vivre les silences - qu'ils soient
soudains ou introduits graduellement, troublés ou déchirants
- aussi diversement que les sons.
KLAVIERSTUCKE V-X (1954-55)
Il ne s'agira plus dorénavant de musique instrumentale ou de
musique électronique, mais bien de musique instrumentale et
de musique électronique. Chacun de ces mondes sonores a ses
propres impératifs et ses propres limites.
La conception musicale réclamera tantôt des instruments,
tantôt des générateurs de sons - avec toutes les
conséquences qui en découlent. Toute tentative de brouiller
les frontières aboutit à des contradictions. Il est
encore trop tôt pour parler d'une synthèse possible.
Trop de questions attendent une solution claire dans les deux domaines.
Seul celui qui a expérimenté et réalisé
ce qu'il y a d'essentiel dans la composition électronique jusqu'à
aujourd'hui - et nous devons nous en tenir à cela lorsqu'il
s'agit de "musique électronique" - celui-là
seul a une position qui lui permet d'apercevoir les conditions nécessaires
d'une nouvelle musique instrumentale. Quant à la synthèse,
si l'on a une attitude responsable, on parlera de ce qui est réalisable
dans l'immédiat ou dans un futur proche. Le musicien devrait
garder pour lui ses idées fantasques sans rapport avec la réalité
d'aujourd'hui. Celui à qui le monde électronique s'est
ouvert ne manque pas d'imagination et a sans doute aussi un sens developpé
des combinaisons. Mais ce qui décide de la capacité
créatrice d'un compositeur, c'est la réalisation de
la musique, la canalisation de son imagination, les oeuvres qu'il
a produites jusqu'ici et qu'il produit maintenant: non pas ses pronostics
sur une musique future possible.
Le deuxième groupe des Klavierstücke fut composé
après une période consacrée exclusivement à
la composition de musique électronique. Il s'agissait d'utiliser
le plus efficacement possible les exigences toutes particulières
de l'instrument. La conception musicale, dans ce cas spécial,
est si intimement liée au piano, que la réalisation
qui s'ensuit redéfinit de fait l'instrument et l'écriture
pianistique.
Composition instrumentale et composition électronique côte
à côte: cela conduit à une fonction nouvelle et
inattendue de l'instrumentiste. Ses critères typiques de production
du son deviennent les facteurs sériels de la composition. L'échelle
des degrés d'approximation, correspondant aux mesures de grandeur
de la notation, devient l'une des qualités formelles constitutives.
La "précision" est régie dans sa relativité
par de nouveaux systèmes de notation. Les unités de
mesures empiriques, par opposition aux unités de mesures rationnelles
de la composition électronique, sont incorporées aux
composantes sérielles. Les critères de hasard, en relation
avec les signes notés, sont régis par différents
signes choisis en vue des réactions psychiques de l'exécutant,
et reçoivent un sens structurel qui participe à l'éclaircissement
du contexte musical: des relations insécurisantes en guise
de qualités formelles constitutives!
Pour l'exécutant, cela signifie seulement: répondre
aussi précisément que possible aux signes notés
par les modes de jeu cor- 3 respondants de son instrument. Les limites
des champs de dispersion sont directement et graduellement formulées
par le système de notation.
Il serait souhaitable que les musiciens exécutants - et particulièrement
ceux de notre génération - commencent simultanément,
et à revoir la conception de l'interprétation qui jusqu'alors
avait été la leur, et à se confronter avec notre
musique; cette musique qui est écrite pour eux, et qui, d'une
manière particulière, leur propose la mission la plus
haute: faire d'une partition de la musique. Le temps où l'on
prédisait le déclin de l'instrumentiste, le temps où
la production et la reproduction mécanique de musique restait
en marge de la société est bien révolu. Néanmoins,
il est plus qu'honteux d'écouter les programmes des "grands
interprètes" de notre temps; et ceux des "plus grands"
sont les plus spécieux. Il n'est décidément pas
difficile de souhaiter un nouveau type d'instrumentiste. On peut bien
imaginer à quoi il ressemblera en écoutant et en étudiant
notre musique.
Compositeur d'aujourd'hui et instrumentiste de demain sont inséparablement
liés l'un à l'autre. Il n'en sera pas toujours ainsi.
On ne verra pas toujours de jeunes pianistes jouant (dans le meilleur
des cas) Schoenberg, Webern, Messiaen dans des lieux perdus; on ne
verra pas toujours quelques rares jeunes instrumentistes faisant bloc
avec nous, ayant acquis la technique, l'intelligence et la sensibilité
musicales nécessaires. Ce n'est pas à l'égard
du public que s'exerce notre critique, mais bien à l'égard
de notre propre désunion: compositeur et instrumentiste!
KLAVIERSTUCK VI (1954-55)
Dans Klavierstück VI - dédié à David
Tudor - se développe un nouveau rapport de temps entre l'exécutant
et le son: les temps inhérents aux sons - déclenchés
par les signes les plus divers commandant les actions du pianiste
- interviennent de façon de plus en plus marquée en
lieu et place du temps chronométrique ou du temps métrique;
une série de nouveaux types d'attaques (effets d'harmoniques,
"échos", nombreuses gradations dans l'emploi de la
pédale modulant le spectre harmonique du piano) est employée
pour déterminer ce qu'on appelle les "champs temporels"
dans lesquels l'exécutant réagit continuellement à
la vie propre des sons et des figures sonores.
J'ai écrit le Klavierstück VI entre novembre 1954
et mars 1955, sur une commande de la ville de Darmstadt. La pianiste
Marcelle Mercenier en a donné la première exécution
lors des cours d'été de Darmstadt en 1955. Pendant l'exécution,
j'étais assis près d'elle pour tourner les pages. Déjà
quelques minutes avant le début la salle murmurait. Des auditeurs
riaient, parlaient de plus en plus fort, bougeaient leurs chaises.
Soudain, Boulez, à coup de quelques expressions françaises
bien senties, apostropha vertement des auditrices qui se trouvaient
devant lui et qui ne pouvaient réprimer leurs gloussements.
Il y eut un moment de calme, puis le bruit reprit de plus belle. La
pianiste devint nerveuse. A cela s'ajouta que pendant les silences
de la pièce, on entendait régulièrement grésiller
un grillon qui se cachait quelque part dans le plafond en bois, et
qui déclenchait à chaque fois un rire approbatif pour
ses figures d'accompagnement. Enfin, il y eut des sifflements sauvages
puis des applaudissements. J'étais bien trop énervé
pour rire de la situation: j'attrapai la partition sur le piano (je
vois encore aujourd'hui la tête effarée de la pianiste),
et je sortis de la salle, la partition sous le bras. Je ne sais pas
au juste ce que je voulais alors. (J'appris plus tard que ma fuite
fut suivie d'une confusion totale. Mademoiselle Mercenier était
tellement désemparée qu'elle chercha ma femme, la découvrit
finalement, et la pria de saluer à ma place.) Pendant ce temps,
je me précipitai au dehors où il faisait noir comme
dans un four; puis dans ma chambre au premier étage de la même
maison, où je m'enfermai. Après quelques minutes, j'entendis
des pas. On frappa tempêtueusement, et Nono appela: je devais
absolument revenir. Je lui dis qu'on ne continuerait pas tant que
le calme ne serait pas revenu dans la salle. Il repartit aussitôt
et tint je ne sais quel discours au public. Puis il revint et nous
regagnâmes ensemble la salle. Tout était à présent
calme là-bas. Marcelle recommença au début. Après
quelques minutes pourtant, le bruit reprit plus fort qu'avant. Elle
s'interrompit parce qu'elle n'entendait tout simplement plus ce qu'elle
jouait.
L'année dernière, David Tudor - qui entre temps a souvent
exécuté la pièce - a joué ce même
Klavierstück V lors du concert d'ouverture des cours d'été
de Darmstadt. On aurait pu entendre tomber une épingle.
KLAVIERSTUCK IX (1954, 1961)
Klavierstück IX vit le jour en 1954, dans le contexte de
la composition nx4: Klavierstuck V-X. Il resta inachevé
pendant 7 ans, et reçut en 1961 sa forme définitive.
Différentes formes du temps musical y sont réunies:
la périodicité, et toute une série de degrés
d'apériodicité. Des événements immobiles,
"monotones" se transforment en événements
flexibles, "polytones". Ils sont juxtaposés de manière
abrupte, ou se mélangent dans des relations toujours renouvelées.
KLAVIERSTUCK X (1954-55)
Dans le Klavierstück X, j'ai essayé de mettre en
rapport désordre et ordre relatif. A l'aide d'une échelle
de relations de désordre et d'ordre, j'ai composé des
structures dans des séries comportant différents degrés
d'ordre. Les degrés d'ordre plus élevés se distinguent
par une plus grande univocité (absence de hasard), les degrés
d'ordre moins élevés par un plus grand caractère
de probabilité et un nivellement des différences (permutabilité
croissante, perceptibilité décroissante). Un ordre plus
grand est lié à une densité plus faible et à
un isolement plus marqué des événements. Au cours
de la pièce, on atteint les extrêmes: certaines structures
se cristallisent en des formes individuelles uniques (degré
d'ordre maximum), d'autres se nivellent pour former des complexes
massifs. Au cours du processus de médiation entre désordre
et ordre se déploient, à partir d'un état initial
uniforme de grand désordre (nivellement), des formes toujours
plus nombreuses et plus concentrées. J'ai fait face à
l'absence croissante de nivellement en supprimant de plus en plus
l'isolement des formes et en unifiant finalement les formes les plus
personnelles qui se sont constituées au cours de la pièce
en une forme supérieure.
KLAVIERSTUCK XI (1956)
Le Klavierstück XI - créé en 1957 en deux
versions par David Tudor à New York - transfère l'idée
du champ temporel sur la forme globale. 19 groupes développés
à partir d'un noyau commun et avec une direction temporelle
sont reliés entre eux par l'interprète en une grande
forme; leur ordre étant choisi littéralement en un clin
d'oeil, ils s'influencent directement: le groupe choisi sur le moment
détermine temporellement et spatialement le caractère
de celui qui va suivre; une continuité ne s'installe qu'au
moment de l'interprétation, et seulement à ce moment-là;
la "musique" n'existe pas en dehors de sa réalisation
sonore, sur le papier. Cette musique instrumentale se dérobe
toujours plus à la répétition, à l'aspect
mécanique et par là aussi à la reproduction (haut-parleurs,
etc.; on a dans le meilleur des cas une "version", mais
non pas la "pièce"); et elle réclame de plus
en plus un interprète qui soit aussi proche du son que du silence,
qui soit ouvert à la mise en forme, un interprète imprévisible
et créateur comme David Tudor.
Musique instrumentale et musique électronique: Etudes électroniques
- Zeitmasze pour vents - Musique électronique pour 5 groupes
de haut-parleurs - Gesang der Jünglinge - Klavierstück
XI (1956).
Travailler de manière extrêmement fonctionnelle dans
chaque domaine, utiliser chaque moyen de façon productive plutôt
que de façon reproductive: générateurs - magnétophones
- hautparleurs doivent engendrer ce qu'aucun instrumentiste ne saurait
jamais faire; partition - musicien - instrument doivent produire ce
qu'aucun appareil électronique ne saurait jamais engendrer,
imiter, ou répéter.
Composer de la musique électronique: décrire ce qui
sonne en termes mécaniques et électro-acoustiques et
le penser entièrement à travers la machine, l'appareil,
le schéma de montage; envisager une production unique et une
répétition à volonté de la composition.
Ecrire - désormais à nouveau - de la musique instrumentale:
déclencher par des signes optiques l'action de celui qui joue,
et s'adresser directement à l'organisme vivant du musicien,
à sa faculté de réaction imprévisible,
toujours changeante; d'une représentation à l'autre,
rendre possible production réitérée et non-répétition.
C'est ainsi que la musique électronique pourrait coexister
avec une nouvelle musique instrumentale, et que pourrait naître
l'espoir qu'elles se rencontrent réellement de temps en temps
dans une oeuvre.
Klavierstück XI: 19 groupes de notes différents
sont répartis de façon irrégulière sur
une feuille de papier (53 x 93 cm). Au verso de cette feuille se trouvent
les indications suivantes: le musicien regarde sans intention la feuille
et commence avec le groupe qu'il voit en premier; il le joue à
la vitesse (toujours à l'exception des petites notes), avec
l'intensité de référence et le type d'attaque
qui lui conviennent. Lorsque le premier groupe est terminé,
il lit les indications suivantes concernant la vitesse, l'intensité
de référence et le type d'attaque, puis porte son regard
sans intention sur un autre groupe et le joue selon ces trois indications.
L'indication "porter son regard sans intention de groupe en groupe"
signifie que le musicien ne doit jamais relier entre eux des groupes
déterminés ou en sauter d'autres.
Chaque groupe peut être relié avec chacun des 18 autres,
de sorte que chaque groupe peut également être joué
avec chacune des six vitesses, intensités de référence
et types d'attaque. Si un groupe se termine avec un point d'orgue,
il faut attendre la fin de sa durée avant de lire l'indication
de jeu et de choisir le groupe suivant: il en résultera une
pause plus longue qu'après les groupes sans point d'orgue final;
cependant, si un groupe se termine avec le mot "relier",
la note ou l'accord final doit être tenu jusqu'à ce que
les indications d'exécution soient lues et le groupe suivant
choisi, et c'est alors que les groupes joués sont reliés
aux groupes suivants.
Si l'on atteint le même groupe une deuxième fois, ce
sont les indications entre parenthèses qui comptent; la plupart
du temps il s'agit de transpositions d'une ou deux octaves vers le
haut ou vers le bas, chaque fois différentes pour la portée
supérieure et la portée inférieure; des notes
sont ajoutées ou supprimées. Si l'on atteint le même
groupe une troisième fois, on arrive à la fin d'une
des réalisations possibles de la pièce. Il se peut qu'alors
certains groupes n'aient été joués qu'une fois
ou pas encore. Ce Klavierstück devrait si possible être
joué deux fois ou plus dans un programme.
KLAVIERSTUCK XIV (GEBURTSTAGS-FORMEL) (1984)
(Formule d'anniversaire)
Geburtstags-Formel, en tant que Klavierstück XIV, provient
de la partie Befruchtung mit Klavierstück (Fécondation
avec Klavierstück) du deuxième acte de l'opéra
Montag aus Licht.
Elle fut composée les 7 et 8 août 1984 à Kürten
et est dédiée à Pierre Boulez pour son 60ème
anniversaire.
KONTAKTE (1959-60)
(Contacts)
Pour sons électroniques
L'oeuvre Kontakte existe en deux versions: l'une, à
4 pistes pour sons électroniques, dont une réalisation
à un ou deux canaux est particulièrement appropriée
aux retransmissions radiophoniques ou aux versions discographiques;
l'autre pour sons électroniques, piano et percussion; dans
celle-ci, les sons électroniques sont restitués par
une installation de haut-parleurs à 4 canaux, pendant que deux
instrumentistes jouent des instruments de métal, de peaux et
de bois.
Les sons électroniques sont produits à l'aide d'un générateur
basses fréquences (dont la fréquence d'impulsion oscille
continuellement entre 16 et 1/16 impulsions par seconde, et dont les
durées d'impulsion pourront être variées entre
1/10000 et 9/10 de seconde), relayé par un "amplificateur
de signal" réglable (utilisé comme un filtre relativement
étroit), avec des longueurs d'ondes continuellement variables
et des durées de résonance variant proportionnellement,
ainsi qu'un filtre de bande de fréquence sélectif. Des
générateurs sinusoïdaux et d'ondes carrées
sont employés pour quelques rares événements
sonores. La plupart des sons, bruits-sons ou bruits sont engendrés
par l'accélération multiple de suites d'impulsions rythmées.
Une plaque réverbérante, avec des temps de réverbération
réglables en permanence, est utilisée pour certains
sons.
L'échelle des "couleurs de son" électroniquement
produites intègre également des notes, des sons et des
bruits coutumiers (bruits de métal, de peaux, de bois, etc.)
et opère une médiation entre eux; elle rend possible
les transformations des sons de chacune de ces catégories vers
chaque autre, ainsi que les mutations des sons en des événements
sonores complètement nouveaux, inconnus jusque-là.
Le titre se réfère tant aux contacts entre les groupes
sonores électronique et instrumental qu'aux contacts entre
moments autonomes, très caractéristiques, et - dans
la version à 4 canaux (haut- parleurs) - entre les formes de
mouvements spatiaux.
C'est au Studio de musique électronique de la WDR de Cologne
que furent réalisées entre février 1958 et l'automne
1959 les expérimentations sonores qui devaient servir à
la composition. La partition comme sa réalisation ont vu le
jour grâce à une commande du WDR, entre septembre 1959
et mai 1960. L'oeuvre est dédiée au Dr Otto Tomek qui
dirigeait à l'époque le département de musique
nouvelle du WDR de Cologne.
Dans Kontakte, comme dans Gesang der Jünglinge,
des événements sonores connus sont liés à
des événements sonores inconnus; les uns pour lesquels
nous disposons de noms, les autres que nous ne pouvons nommer. Ici,
ce sont des voyelles, des syllabes, des mots chantés en interdépendance
avec des sons électroniques; là, des sons de piano et
de percussion (métal, peaux, bois, et toutes les nuances de
bruits, comprenant de nombreux degrés dans les hauteurs, les
timbres, les enveloppes, les durées, plus ou moins définissables.)
Ces sons connus donnent une orientation, des perspectives à
l'écoute. Ils fonctionnent comme des panneaux de signalisation
dans l'espace infini du monde récemment découvert de
l'électronique.
Parfois, les sons électroniques se rapprochent des sons connus,
jusqu'à ce qu'on ne puisse plus différencier les uns
des autres. Ils sonnent alors "comme des Schlitztrommel"
(tambour de bois à feutre), "comme des Darabuccas"
(tambour arabe), "comme le marimba", "comme d'énormes
tam- tams", "comme des cymbales antiques".
La rencontre du familier, du nommable, dans les régions de
l'inconnu et du sans nom, confère aux premiers un mystère
et une fascination accrus. Et inversement, le connu, le banal même,
le vieux, auxquels nous ne prêtions presque plus l'oreille,
redeviennent frais et vivants dans l'environnement nouveau de l'inconnu.
Après le passage par l'expérience abstraite, "informelle",
"figurative", après de longues excursions dans des
couches microet macrocosmiques, cette nouvelle conscience apparaît
de fa,con toujours plus claire d'oeuvre en oeuvre: Gesang derJünglinge
- Gruppen - Kontakte - Carré - Momente - Mixtur - Microphonie
I et II - Telemusik - Progression - Hymnen - Stimmung - Kurzwellen.
LUZIFERs TRAUM ou KLAVIERSTUCK XIII (1981)
(Rêve de Lucifer)
Pour basse et piano
Il s'agit de la première scène de l'opéra Samstag
aus Licht, qui peut également être exécutée
en version de concert:
Lucifer rêve le Klavierstück XIII, une composition
en cinq couches temporelles, marquées progressivement par
"une compression de figures
d'une musique humaine,
des extensions et des pauses
destinées à abolir le temps."
Il conjure les éléments
|
"air
eau
terre
feu
lumière
SAMEDI de
|
rythme
mélodie
harmonie
dynamique
couleur:
LUMIERE!" |
Vers la fin, "il écoute, charmé, une mélodie
simple, la repousse - s'en délecte - la repousse à nouveau
- se laisse envoûter - meurt lentement d'une mort apparente."
L'oeuvre fut composée entre mai et septembre 1981,
sur une commande des 10èmes Rencontres Internationales de Musique
Contemporaine de Metz.
Elle est dédiée, pour son 20ème anniversaire,
à ma fille Majella.
MANTRA (1970)
Pour 2 pianistes et dispositif électro-acoustique
Le plan formel et le squelette de Mantra sont nés entre
le ler et le 20 juin 1970 à Osaka, auJapon. Chaque matin, je
composais pendant environ trois heures dans ma chambre d'hôtel,
avant d'aller, à midi, à l'auditorium sphérique
de l'exposition mondiale, où je jouais mes oeuvres pour un
million d'auditeurs environ, tous les jours, de 15 h 30 à 21
h, et ce avec 20 jeunes chanteurs et instrumentistes.
Du 10 juillet au 18 août à Kürten, je travaillai
sans relâche à la partition, et le 18 octobre 1970 à
20 h 30, l'oeuvre, une commande de la Südwestfunk de Baden-Baden,
fut créée dans le cadre des Donaueschinger Musiktage
fur zeitgenössische Tonkunst par les pianistes Aloys et Alfons
Kontarsky.
L'oeuvre est conçue à partir d'une formule de 13 sons,
le "mantra". Après les quatre premiers accords, on
entend ce "mantra" dans la voix supérieure du premier
piano. Il a quatre segments, séparés par des pauses;
chacun des 13 sons a une caractéristique différente,
qui déterminera chacune un grand cycle de l'oeuvre: 1. répétition
régulière; 2. accent de fin d'oscillation; 3. son "normal";
4. groupe rapide d'appoggiatures; 5. "tremolo"; 6. accord;
7. accent de début d'oscillation; 8. liaison "chromatique";
9. staccato; 10. répétion irrégulière
("signaux en morse"); 11. trille; 12. procédé
sforzato de mise en oscillation; 13. liaison en arpège.
Le "mantra" est joué simultanément dans la
voix supérieure et en miroir dans la voix inférieure,
les quatre segments étant intervertis.
Il n'y a que des alignements et des superpositions continuelles de
ce "mantra" dans 12 formes de dilatation et en 13 x 12 transpositions.
En effet, dans les 13 grands cycles, où un son du "mantra"
est chaque fois lui-même le son central autour duquel apparaissent
les autres formes de dilatation, c'est chaque fois une autre des 13
caractéristiques qui est dominante. Mantra n'est donc
pas une forme de variation. Le "mantra" n'est pas
varié; aucun son n'est ajouté, rien n'est "accompagné",
orné, etc. Le "mantra" reste toujours lui-même
et se montre dans ses 12 facettes avec ses 13 caractères.
Le passage rapide avant la fin est une compression de l'oeuvre entière
en un espace de temps minime; toutes les dilatations et transpositions
sont résumées de façon extrêmement rapide
à l'intérieur de quatre strates.
La modulation dite en anneau que j'ai utilisée comme processus
technique permet un nouveau système de relations harmoniques.
Chacun des deux pianistes dispose en effet, à sa gauche, d'un
appareil dans lequel sont intégrés un amplificateur
de micro, un compresseur, un filtre, un modulateur en anneau, un générateur
sinusoïdal avec échelle et un potentiomètre. Le
son du piano est amplifié par deux micros et modulé
en anneau avec une oscillation sinusoïdale. Derrière chaque
piano sont placés, à une certaine distance, des haut-parleurs
qui reproduisent le son modulé simultanément au son
joué. Le son modulé doit être un peu plus fort
que le son original.
Les pianistes règlent dans chacun des 13 grands cycles de l'oeuvre
le son sinusoïdal correspondant au son central, autour duquel
sont centrées toutes les transformations du "mantra".
Le premier pianiste règle successivement les 13 sons "supérieurs"
du "mantra", le deuxième pianiste, les 13 sons "inférieurs",
c'est-à-dire ceux du "mantra" en miroir. Ainsi, le
premier et le treizième son de chaque retour du "mantra"
sont identiques au son sinusoidal "en miroir"; ils sont
tout à fait "consonants", par conséquent,
tout à fait "naturels", comme des sons de piano.
Suivant l'intervalle qui sépare les autres sons du "mantra"
de ce "son en miroir" de la modulation en anneau, la sonorité
modulée est plus ou moins "dissonante" et, dans le
spectre, différente par rapport au piano (les secondes mineures
et/ou les neuvièmes mineures et les septièmes majeures
produisent les sonorités modulées les plus "dissonantes",
alors que les octaves et la quinte produisent les sonorités
les plus "consonantes"). On sent ainsi une "respiration"
harmonieuse continuelle entre sonorités modulées consonantes
et dissonantes, grâce à des rapports exactement réglés
entre les sons sinusoidaux qui modulent et les sons de piano qui sont
modulés.
La construction homogène de Mantra est une miniature
musicale de la macrostructure homogène du cosmos; elle est
également un agrandissement vers le champ temporel acoustique
de la microstructure homogène des oscillations harmoniques
dans le son lui-même.
MISSION und HIMMELFAHRT (1978)
(Mission et Ascension)
Pour trompette et cor de basset
Cette oeuvre est tirée du deuxième acte: Michaels
Reise um die Erde (Voyage de Michel autour de la terre) de l'opéra:
Donnerstag aus Licht. La version originale est pour trompette,
cor de basset, clarinette, 2ème cor de basset et orchestre.
Dans la version originale, Mission est suivi par une Insulte
et une Crucifixion tandis que dans la version de concert, Mission
est directement suivi par Ascension.
Michel vient de la gauche, perdu dans ses pensées, s'assied
sur le bord de la scène et commence un soliloque triste avec
sa trompette. Après un moment, il entend de loin l'appel d'un
cor de basset - le début de la formule d'Eve de Licht.
Michel, très heureux, répond avec un motif semblable.
Le cor de basset joue la suite de la formule d'Eve et répond.
Sur un trille apparaît du fond à droite une "fille
aux étoiles" avec un cor de basset. Michel s'incline en
jouant la quarte ascendante de la formule de Michel. La "fille
aux étoiles" l'imite et s'incline également. A
partir de maintenant, l'un apprend la formule de l'autre - partie
après partie - sérieux et plein d'humour, simple et
virtuose, solennel et décontracté. Ils dansent l'un
autour de l'autre et jouent à la fin de façon merveilleusement
synchrone.
La "fille aux étoiles" l'enchante et l'emmène
en dansant.
MONDEVA (de DONNERSTAG AUS LICHT) (1979)
Pour cor de basset et ténor
Une fille aux étoiles - mi-oiseau, mi-femme avec un cor de
basset - apparaît à Michel. Il tombe éperdument
amoureux de "Mondeva - Mésange de la lune - Luneva - Bec
d'argent". Au cours d'un jeu érotique, il découvre
que sa musique a le pouvoir d'infléchir les choses. Mondeva
et Michel échangent leurs mélodies. Michel cueille une
fleur d'iris bleue et la met dans le pavillon du cor de basset, en
chantant:
"Eve, aide-moi à remplir ma mission!
Aime par ta beauté sensuelle, corporelle:
Musique de Sirius...SIRISU - MUNDIVA:
Témoin d'êtres humains plus beaux."
Mondeva se retire dans le ciel. Il veut la suivre, mais elle le rejette.
Pendant qu'elle se perd au loin, il chante:
"Mondeva, femme aux étoiles:
Je te garde dans mon coeur."
Michel lui fait des signes d'adieu, en écoutant, songeur,
le cliquetis mourant des clefs du cor de basset.
NASENFLUGELTANZ (1983)
(Danse des ailes du nez)
Pour percussion et synthétiseur
Dans Luzifers Tanz, la troisième scène de Samstag
aus Licht, un grand orchestre est réparti en dix groupes.
Les groupes sont disposés verticalement sur cinq étages,
les uns au-dessus des autres, et ils représentent les dix parties
d'un visage humain géant. Le percussionniste et sa "baraque
de tir" constituent le nez. Accompagné par l'orchestre,
il joue en solo le Nasenflugeltanz: "Juch! huch! päng! tsasch!
poï! Wake take prrr! Psch - psss - pfff!" Tout cela à
4 voix... avec des intermèdes défendus... et de l'humour...
J'ai transformé et complété cette danse en un
duo pour percussion et synthétiseur. Elle peut également
être jouée comme solo de percussion.
OBERLIPPENTANZ (1983)
(Danse de la lèvre supérieure)
Pour trompette piccolo, trombone, 2 percussions, 4 cors
Depuis 1975 j'ai composé de nombreuses oeuvres pour trompette,
dédiées à mon fils Markus (Sirius, Michaels
Reise, etc.). Au cours de l'année 1983 il venait de temps
en temps me trouver en me disant: "Ecoute cette trompette piccolo",
et il improvisait quelque chose. C'est ainsi que j'écrivis
Oberlippentanz pour la troisième scène, Luzifers
Tanz, de l'opéra Samstag aus Licht.
Après la création concertante (University of Michigan,
Ann Arbor) et scénique (La Scala, Milan) de la scène
pour solistes et grand orchestre, qui dure environ 51 minutes, j'ai
réalisé en 1985 une version de concert de Oberlippentanz,
pour trompette piccolo, trombone ou euphonium, 4 ou 8 cors et 2 percussions,
d'une durée d'environ 11 minutes.
Issue à l'origine d'une situation scénique de protestation,
cette musique joue avec des atmosphères juvéniles, fougueuses,
gaies, frémissantes comme le vent et la tempête, lyriques,
rêveuses, pleines de colère et avec des atmosphères
libérées qui chantent à nouveau. Ainsi la "protestation"
- par opposition à la vie quotidienne - reçoit une mise
en forme musicale sublimée.
Seul celui qui s'est penché sur la production de formes sonores
aussi différenciées avec une trompette piccolo peut
imaginer la magie fantastique qu'accomplit la lèvre supérieure
qui danse.
REFRAIN FUR DREI SPIELER (1959)
(Refrain pour trois instrumentistes)
Pour piano, célesta et vibraphone
Une structure sonore calme et ample est perturbée six fois
par un bref refrain. Celui-ci contient des glissandos et des clusters
des trilles, des sons graves (dans la partie de piano) et de brefs
morceaux de mélodie; ces éléments n'apparaissent
pas ailleurs
dans la forme. Les moments où l'on joue un refrain sont choisis
par les instrumentistes eux-mêmes et ils peuvent varier d'une
représentation à l'autre; cependant, une fois qu'ils
sont fixés, la forme (Gestalt) définitive du
refrain est influencée par son environnement immédiat
(trilles, glissandos et mélodie doivent alors être formés
avec des sons de l'accord précédent ou suivant, fixé
dans le texte); inversement, un refrain produit à chaque fois
une modification dans la suite du déroulement de la forme:
les sonorités du piano, du célesta et du vibraphone
changent grâce aux instruments de percussion qui s'y ajoutent
et qui en modifient le timbre dans une mesure croissante ou décroissante,
suivant les moments où l'on choisit de faire intervenir le
refrain. Ces "perturbations" imprévues suscitent
ainsi un processus formel dynamique à l'intérieur d'un
état statique; l'un influence et marque l'autre, sans faire
naître de conflit.
L'oeuvre fut composée en juin et juillet 1959, sur une commande
du Docteur G. v. Westerman pour les Berliner Festwochen, et elle est
dédiée à Ernst Brücher.
DIE SCHMETTERLINGE SPIELEN (1976)
(Les papillons jouent)
Pour clarinette
Die Schmetterlinge spielen est dédié à
Jaynee Stephens, la soeur cadette de Suzee Stephens.
Jaynee joue de la flûte, aime les couleurs tendres, la soie,
les bijoux, les parfums, les herbes, les fleurs, tout ce qui est doux,
mystérieux, le silence. Elle donnerait sa vie pour pouvoir
voler, peut rester un temps invraisemblable immobile au soleil, et
séduire d'une façon féerique d'autres papillons,
le temps d'un flirt.
On suit le jeu de deux papillons dans une alternance de lignes mélodiques
et de progressions quasi chromatiques - l'un, avec de grands intervalles
et des triolets, l'autre, plus leste, plus léger et plus aigu,
avec des duolets rapides, et de plus petits intervalles. Dans la partition,
on trouve l'indication con poco rubato, et la croche à
environ 180 pour le premier papillon, le plus lourd; la croche à
270 pour le second, plus rapide, plus léger, plus furtif aussi.
Chaque vol dans les différentes directions mélodiques
est suivi d'un arrêt-sur-hauteur-de-son, avec des figures tressaillantes
isolées et des silences.
Vient alors une première rencontre "électrisante",
elle-même suivie d'un vol alterné (où le papillon
le plus rapide est "agressif"). Une seconde rencontre, "nerveuse",
puis des provocations alternées de loin en loin. La troisième
rencontre, "emphatique", et un rapprochement toujours plus
grand des registres dans les échanges... La quatrième
rencontre, "espiègle", suivie d'une alternance abrégée
de vols. La cinquième rencontre, "froide, calculatrice"
(en mouvement contraire), et un long vol élancé du papillon
le plus rapide, suivi de brefs voltigements du grand papillon. Vient
la sixième rencontre, "tendrement folâtre",
suivie d'une immobilité des deux papillons, avec de rares sorties
isolées, et, enfin, la réunion harmonieuse du plus lent,
avec son grand intervalle de deux octaves, et du plus rapide, avec
le plus petit intervalle qui soit, l'unisson.
SUSANIs ECHO (1985)
(Echo de Susani)
Pour flûte solo
Susanis Echo est tiré de Evas Zauber (Magie d'Eve) (troisième
acte de Montag aus Licht). La formule d'Eve en miroir descend
depuis le mi2 de la flûte et alterne avec la formule d'Eve originale,
qui monte depuis le do1. Les deux formules sont projetées durant
environ 6 minutes et demi. Les mélodies sont remplies de vrilles
pétulantes, de micro-sons, et structurées par des glissandos
en forme de murmure, des bruits de baisers, des claquements de langue,
des trémolos produits par le vent, des vibrations de clés
instrumentales, des battements de langue, des chuchotements de chiffres.
Susani - une musique pour cor de basset - fut composé
en premier et dédié à Suzanne Stephens. Susanis
Echo a été écrit plus tard, comme un écho
musical, et est dédié à la flûtiste Christel
Stockhausen.
TELEMUSIK (1966)
musique électronique
Telemusik fut réalisé entre janvier et avril
1966 au Studio de musique électronique de la radio japonaise
Nippon Hoso Kyokai. Pendant les premiers huit ou neuf jours à
Tokyo, je n'avais pas pu dormir. J'en étais heureux, car durant
ces insommnies j'étais continuellement traversé par
des visions sonores, des idées et des mouvements. Après
quatre nuits sans sommeil et quatre journées de travail de
huit ou neuf heures au Studio de musique électronique qui n'avaient
abouti à aucun résultat - je devais assimiler non seulement
la langue étrangère, la nourriture, l'eau, l'air, la
confusion entre oui et non, mais aussi une installation technique
complètement différente dans le studio - j'eus une vision
qui revenait de plus en plus souvent: des sonorités, des processus
techniques nouveaux, des relations formelles, des images de notation,
de liens humains, etc. - le tout en une fois et dans un entrelacs
trop confus pour être représenté par un seul processus.
Cette vision allait m'occuper longtemps.
En plus de tout cela, je voulais me rapprocher d'un vieux rêve
qui revenait sans cesse: faire un pas supplémentaire dans la
direction non pas de "ma" musique, mais d'une musique de
la terre entière, de tous les pays et de toutes les races.
Vous l'entendrez dans Telemusik - j'en suis certain: les visiteurs
mystérieux de la cour impériale japonaise, les joueurs
de Gagaku, l'heureuse île de Bali, le Sahara du sud, une fête
de village espagnol, la Hongrie, les Shipibos de l'Amazonie, la cérémonie
Omizutori à Nara, à laquelle j'ai participé pendant
trois jours et trois nuits, la Chine fantastique et virtuose, le temple
Kohyasan, les habitants des montagnes au Vietnam, à propos
desquels j'étais obligé de lire chaque matin à
l'hôtel dans un journal américano-japonais des nouvelles
atroces et déformées, et de nouveau le Vietnam, et une
fois encore la magie du Vietnam (quel peuple merveilleux!) - (j'ai
atterri à Saigon et j'ai vu les nuages de fumée, juste
à côté de l'aéroport, et les militaires,
les bombardiers, les regards effrayés) -, les prêtres
bouddhistes du temple Jakushji, le drame nô "Hô sho
riu", et que sais- je encore. Ils voulaient tous participer à
la "Telemusik", parfois simultanément et en
s'imprégnant mutuellement. C'était pour moi un travail
immense que de garder ouvert le monde sonore nouveau et inconnu de
la musique électronique pour ces hôtes: il fallait qu'ils
se sentent "chez eux", non pas "intégrés"
par un acte administratif, mais réellement unis dans la libre
rencontre de leur esprit.
Je ne sais pas exactement comment j'ai fait, ce qui me poussait à
avancer comme un somnambule: je crois que j'ai réussi à
composer Telemusik.
(Ajout 1969)
Aujourd'hui, trois ans plus tard, je peux dire que Telemusik
est devenu le début d'une nouvelle évolution dans laquelle
la situation du "collage" de la première moitié
du siècle a été progressivement dépassée:
Telemusik n'est plus un collage. On y atteint plutôt
- par des inter-modulations entre des objets anciens, "trouvés",
et des événements sonores nouveaux, créés
par moi avec des moyens électroniques modernes - une unité
supérieure: une universalité de passé, présent
et futur, de pays et d"'espaces" très éloignés
les uns des autres: Tele-Musik.
(Suite du texte de 1966)
Dans la nuit où m'était venu à l'esprit pour
la première fois le nom de l'oeuvre, je fus saisi tout à
coup par une avalanche de termes associatifs. Je voudrais citer quelques
uns de ces "vocables pour Telemusik": ultra - rayons
laser - poussière interstellaire - nord - brillant - ombres
de nuages - hélium - pôle - miroir - je du je - haute
fréquence - blanc sur blanc - réflexion - bonshommes
de neige - clarté - nô kan - skyscrapers - glaciers -
modulation en anneau - silence d'argent - résurrection - high
fidelity.
J'aimerais dédier Telemusik aux habitants du pays dont
j'étais l'hôte, pour lesquels j'ai une admiration immense
et qui sont si incroyablement engagés dans le conflit entre
l'ancien et le nouveau Japon. Je souhaite de tout mon coeur que les
Japonais créent un nouveauJapon pour répondre à
la blessure dangereuse qui leur est infligée par le processus
d'intégration au monde et par la période de transition
nécessaire où règne la destruction et le nivellement
de tout et chacun. Car j'ai appris - notamment au Japon - que la tradition
n'existe pas sans autre, mais qu'elle doit être recréée
chaque jour. Ce qui aujourd'hui est moderne sera tradition demain.
N'oublions pas que tout ce que nous faisons et disons doit être
compris en tant que moment d'une tradition continue, sinon cette tradition
est morte, trois fois morte.
TIERKREIS (1975-76)
(12 mélodies des signes du zodiaque)
Pour clarinette, flûte et piccolo, trompette et piano
Tierkreis fut écrit en 1975 et comprenait 12 méodies
des signes du zodiaque destinées aux 12 boîtes à
musique de la composition Musik im Bauch (Musique dans le ventre)
pour 6 percussionnistes et boîtes à musique; l'oeuvre
fut également publiée en partition autonome sous le
titre Tierkreis pour instrument mélodique et/ou instrument
harmonique, ainsi que dans cinq éditions différentes
pour voix chantée et instrument harmonique, dans une version
pour orchestre de chambre (1977), et dans une version pour clarinette
et piano (1981).
Tierkreis est un cycle de formules musicales pour les 12 mois
de l'année et les 12 types d'êtres humains, permettant
d'innombrables versions. La "version" la plus longue que
j'en aie jamais réalisée jusqu'à présent
est la composition Sirius pour soprano, basse, trompette, clarinette
basse, et musique électronique (1975-77) qui dure 96 minutes.
En 1984, lors de répétitions avec Markus Stockhausen
(trompette et piano), Suzanne Stephens (clarinette) et Kathinka Pasveer
(flûte et piccolo) est née une nouvelle version.
Elle n'a pas encore été publiée jusqu'à
ce jour.
Cette version commence avec Poissons (3x) et continue avec
Bélier (3x), Taureau (4x), Gémeaux
(3x), Cancer (4x), Lion (3x), Vierge (3x), Balance
(4x), Scorpion (3x), Sagittaire (4x), Capricorne
(3x), Verseau (4x), et elle se termine avec Poissons
(1x).
Que chacun se retrouve dans son signe du zodiaque!
UNSICHTBARE CHORE (1978-79)
(Choeurs invisibles)
Musique électronique
La composition Unsichtbare Chöre pour enregistrement
a cappella sur 16 pistes et diffusion sur 8 ou 2 canaux est
diffusée sous forme d'une bande Choeur dans l'opéra
Donnerstag aus Licht, au premier acte Michaels Jugend
(Jeunesse de Michel) et à la première scène Festival
du troisième acte Michaels Heimkehr (Retour de Michel).
Par ailleurs, Unsichtbare Chöre peut être donné
de façon autonome avec la bande magnétique seule. La
durée de l'oeuvre est alors de 49 minutes environ.
E lle est dédiée à James Ingram.
Le sous-titre "pour enregistrement a cappella sur 16 pistes"
signifie que l'enregistrement a été effectué
à l'aide d'un magnétophone à 16 pistes.
L'ajout dans le sous-titre: "pour diffusion sur 8 ou 2 canaux"
veut dire que des bandes de concert à 8 pistes ont été
réalisées par mixage à partir de l'original à
16 pistes.
Des copies à 2 pistes, destinées aux exécutions
où seule une diffusion stéréophonique sur 2 canaux
est possible, ont été préparées à
partir des bandes à 8 pistes.
Unsichtbare Chöre a été composé en
juillet et août 1979, enregistré sur bande 16 pistes
fin août et début septembre avec les choeurs de la WDR
de Cologne.
Les textes de Unsichtbare Chöre, chantés en hébreu
et en allemand, ont été empruntés à la
tradition hébraïque.
Premier texte (sections 1 à 7 du Choeur, chanté
en hébreu) :
Le jugement dernier (extrait de l'Ascension de Moise)
Et alors apparaîtra mon royaume
au-dessus de toutes mes créatures
et alors ce sera la fin de Satan
avec lui fuira le chagrin
car DIEU
du Ciel se lèvera
du trône de son royaume
et la terre tremblera
le soleil ne donnera pas de lumière
et les cornes de la lune se briseront
et le cercle des étoiles sera bouleversé
et Toi, Homme, tu seras heureux
et tu seras élevé par DIEU.
Deuxième texte (sections 9 à 17 du Choeur, chanté
en allemand):
La fin des temps (extrait de l'Apocalypse de Baruch)
Des choses merveilleuses apparaîtront
en leur temps.
Alors ils verront le monde
qui avant leur était invisible.
Ils verront aussi le temps
qui maintenant leur est caché.
Ils habiteront les cieux
pareils aux étoiles.
Ils se vêtiront de beauté
jusqu'à la splendeur de la lumière
jusqu'à l'éclat des rayons.
Troisième texte (sections 19 à 25 du Choeur, chanté
en hébreu):
La fin des temps (extrait de l'Apocalypse de Baruch)
Et alors le salut descendra comme la rosée
et soucis, affliction et soupirs s'effaceront des hommes
et la joie parcourra la terre entière.
Les animaux des champs sortiront de la forêt
et se laisseront mener par le petit enfant.
Quatrième texte (sections 28 à 35 du Choeur, chanté
en hébreu):
Hymne (extrait du Testament de Lévi)
Les cieux se réjouiront
et la terre exultera
et les nuages éclateront de joie
et IL ouvrira les portes du paradis
et de l'homme
éloignera l'effroyable épée
et alors exulteront
Abraham Isaac et Jacob
et moi aussi je me réjouirai
et tous les saints se vêtiront d'allégresse.
VISION (1980)
Vision est dédié à Wolfgang Becker qui,
comme directeur du département de musique nouvelle de la WDR
de Cologne, a rendu possibles, pendant la naissance de Donnerstag
aus Licht (1977-80), les répétitions, les enregistrements,
les exécutions de concert du ler et du 3ème acte, ainsi
que l'assistance technique des représentations scéniques
à La Scala, assurées par le Studio de musique électronique
de la WDR de Cologne.
Sans son aide, cette oeuvre n'aurait pas pu être composée
en trois ans à peine, testée puis entièrement
corrigée pendant des répétitions qui ont duré
plusieurs mois.
Xi (1988)
Pour cor de basset
(Xi = lettre grecque correspondant à X pour désigner
une grandeur inconnue.)
Cette composition peut être jouée avec n'importe quel
instrument à vent, ou avec un synthétiseur possédant
une microéchelle variable.
Le segment Montag de la super-formule musicale de Licht,
composé de trois formules synchrones, est comprimé en
une durée d'environ six minutes et forme une mélodie
qui passe d'une formule à l'autre. Le caractère dominant
de Montag aus Licht, est la mélodie - caractère
d'Eve - et donc aussi la mélodie glissante, le glissando.
Les liens entre les sons des trois formules superposées sont
indiqués comme des échelles micro-tonales en glissando.
Pour chaque intervalle, le nombre de degrés de micro-intervalles
varie selon l'instrument, et le musicien doit trouver lui-même,
en les essayant, le nombre de sons intermédiaires réalisables
sur son instrument pour chaque glissando micro-tonal, compte tenu
du tempo, de l'intervalle, et de la technique de jeu personnelle.
Il s'agit là des grandeurs indéfinies de l'interprétation.
La compositon du temps dans Xi dépasse les limites sensorielles
de tout ce qui était habituel jusqu'à présent.
Par exemple, la mesure temporelle est: croche = 8 secondes,
ce qui correspond à un tempo métronomique de 7,5 à
la croche. En dilatant certains sons principaux jusqu'à une
durée d'environ six minutes et en subdivisant les intervalles,
grâce aux degrés intermédiaires, pour obtenir
jusqu'à 7 degrés à l'intérieur d'un demi-ton,
on perd la sensation du temps et de l'espace et l'on se sent dans
un état de flottement singulier. De plus, par des combinaisons
de positions tout à fait inhabituelles, jamais utilisées
auparavant, les degrés micro-tonaux produisent des changements
de timbres et des nuances d'intensité formidables. Les grandeurs
musicales indéfinies engendrent ainsi des sensations indéfinies,
des expériences Xi en quelque sorte.
Xi est dédié à Suzanne Stephens.
ZUNGENSPITZENTANZ (1986)
(Danse de la pointe de la langue)
Pour flûte piccolo, danseur, 2 euphoniums, percussion
Zungenspitzentanz est un épisode tiré de Luzifers
Tanz, troisième scène de l'opéra Samstag
aus Licht, cré
é le 25 mai 1984 au Palazzo dello Sport à Milan avec
Kathinka Pasveer, à qui cette pièce est dédiée
(production du Teatro alla Scala et de l'University of Michigan Symphony
Band, sous la direction de Robert Reynolds).
En 1986, j'ai écrit pour les Bergisch-Schlesische Musiktage
une version solistique pour flûte piccolo, danseur, 2 euphoniums
et un percussionniste.
La composition commence par une "entrée": jouant
de la flûte piccolo et accompagné par les euphoniums
et une cymbale antique, un chat noir traverse diagonalement la scène
depuis la gauche au rythme de la musique; il accomplit un mouvement
en spirale dont la direction change à chaque section de la
forme musicale. Derrière lui se déplace un danseur aux
bras écartés et aux poings fermés. Il est enveloppé
dans des bandelettes noires, comme une momie, et fardé comme
le squelette d'un mort.
Le chat ralentit son mouvement. Le danseur saute tout à coup
devant lui, court vers la gauche et s'immobilise, le dos tourné
au public. En même temps, le chat se retire.
C'est avec des sons murmurés, des claquements de langue et
des tam-tams venant s'ajouter à la cymbale que commence la
Bandertanz (Danse des bandelettes). Dans chacune des 14 sections
suivantes, qui sont clairement signalées par des appoggiatures
de cymbale, le danseur déroule une bandelette de son corps,
en commençant par la tête. Il tourne comme un fuseau.
Une fois la bandelette dévidée, il exécute quelques
figures dans l'air, essayant de former une lettre avec elle. Tous
les mouvements sont synchrones avec le solo de la flûte piccolo.
Ainsi, au cours des 14 sections, et avec les 14 bandelettes, s'écrit
le texte
SALVE SATANELLI
La formation de chaque lettre est réalisée entièrement
au rythme de la musique. Avant une nouvelle lettre, le danseur finit
toujours dans une pose figée, sur un son marquant de piccolo.
A mesure que le danseur bandé s'arrache des lambeaux de peau
apparaît progressivement son corps nu. Son visage lui donne
une apparence de démon.
Le chat joue les premières mesures vers l'avant et vers le
haut. Dans les 12 sections suivantes, il se tourne avec sa flûte,
telle l'aiguille d'une montre, en direction des chiffres simulés
1 à 12 d'un cadran vertical dont le centre est la flûte.
Aux chiffres 5 - 6 - 7 il est agenouillé, aux chiffres 1 -
11 - 12 il s'étire vers le haut, et dans la dernière
section, il joue de nouveau vers l'avant et vers le haut.
Lorsque les 14 lettres sont formées, les deux protagonistes
s'immobilisent. La cadence suivante est un solo de danse libre. Le
chat suit avec la flûte les mouvements du danseur bandé
et crie sur le ton d'un sorcier en direction du public le salut "Salve
Satanelli!". Les deux protagonistes s'immobilisent encore une
fois un instant, puis le danseur fait un bond en arrière devant
le chat et se fige avec les bras et les doigts écartés.
Suit alors une "sortie", un retrait vers la droite au fond
de la scène. Musicalement, cette sortie est le miroir temporel
et spatial de l'entrée.
La musique invoque un univers magique, hanté par le murmure,
les rubans sifflants, la voix modulée en anneau, par des sons
pulsés et des sifflements violents: par l'écoute, se
placer dans la pointe dansante de la langue...
Les Notes sur les oeuvres ont été traduites de l'allemand
par Carlo Russi, François Deppe avec la collaboration de Daniel
Haefliger, et Marlies Fassey.
(1) Instrument de percussion extrême-oriental ayant la forme
d'un petit bol et possédant une longue résonnance.
Source : "Karlheinz Stockhausen" (Livre-programme)
Ed. Contrechamps/Festival d'Automne à Paris, Paris, 1988, p.
©Festival
d'Automne à Paris, Ed. Contrechamps
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