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Un travail qui laisse des traces Bernhard Minetti
On a bien souvent prétendu, à propos du
travail avec Grüber, que l'acteur ne sait pas toujours très
bien où Klaus veut en venir. Je ne suis pas d'accord. Les répétitions
avec Grüber sont vraiment un moment _' tout à fait merveilleux
et privilégié. Même s'il y a beaucoup de gens
autour, on est seul dans ce travail, pendant un long temps, c'est
une très belle solitude. Ce qui se dit permet de ne jouer que
les vrais sentiments, les pensées authentiques. Une telle complicité
se crée, un tel accord que l'on n'a même plus besoin
de parler. Il n'est pas commode de revenir ensuite sur la scène,
avec le public dans la salle. Après ce genre de répétitions,
j'ai eu parfois des moments très difficiles pour retrouver
le contact avec le public. Ce que je vais dire n'est peut-être
pas très aimable, mais parfois le public me gênait. Je
ne suis pourtant pas du genre à me trouver gêné
par le public, j'ai toujours eu un très bon contact avec lui,
je sais le provoquer, je sais l'attaquer s'il me provoque à
son tour, je sais le séduire, l'aimer. Mais après le
travail avec Grüber, c'est vraiment quelque chose de tout à
fait particulier, parce que Grüber a une force incroyable, une
force très difficile à décrire, il sait susciter
en nous une foi, il sait nous la faire garder, il tient parole une
fois que cette foi est installée. Je sais ce qui m'est arrivé
dans le travail avec lui, je sais ce qui a été provoqué
en moi par ce travail. C'est véritablement une rencontre entre
êtres humains. C'est de l'amour, comme on peut aimer un autre
homme ou une autre femme. Ce qui est resté en moi après
ce travail agit chaque fois que je suis sur une scène de théâtre,
avec d'autres metteurs en scène, d'autres acteurs. Je sens
qu'il y a un soutien qui me vient de lui.
Source : "Klaus Michael Grüber... Il faut
que le théâtre passe à travers les larmes" |