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Rückblick,
Hommage à Stockhausen
Peter Szendy
RUCKBLICK. HOMMAGE À STOCKHAUSEN
Altes und Neues für vier Spieler
Programme conçu par Kurtág à partir de ses propres
oeuvres.
Pour trompette, contrebasse, piano, clavecin et célesta.
Durée: environ 75 minutes.
Un premier programme a été donné à Berlin
(Berliner Festwochen),
le 30 septembre 1993,
par Markus Stockhausen (trp.), Peter Riegelbauer (cb.),
Majella Stockhausen et Marcus Creed (piano, clavecin, célesta).
Rückblick, c'est un regard en arrière. "En
l'an ...esme de mon aage, que toutes mes hontes j'eus beues, ne du
tout fol, ne du tout sage...", tel est l'exergue de François
Villon que Kurtág a placé en tête de son "oeuvre".
Pourquoi ces guillemets ? C'est qu'en effet, comme le dit son sous-titre
(Altes und Neues für vier Spieler, "de l'ancien et du
nouveau pour quatre instrumentistes"), Rückblick n'est pas
exactement une "oeuvre": quelque chose qui pourrait se voir
attribuer un numéro d'opus, quelque chose dont on viendrait
découvrir la nouveauté lors d'une première exécution
ou, comme on dit souvent, lors d'une "création".
Altes und Neues, ancien et nouveau: ces catégories -
liées à une certaine conception du "progrès"
- sont ici non pertinentes. Ou plutôt, elles sont entretissées,
indissociables: une sorte d'anthologie de Kurtág par Kurtág,
un dialogue, un polylogue spectral, fantômatique, de lui à
lui: une hantologie (1).
Il serait certes difficile de dire que Rückblick appartient
à un genre. Pourtant, si l'on voulait lui trouver des précédents
ou des pendants, ce serait sans doute dans cette conception inaugurée
par Stockhausen (Rückblick est un "hommage à
Stockhausen"): avec Musik für die Beethovenhalle, par
exemple, on aurait affaire à un quasi-genre, qu'illustrerait
aussi Quodlibet d'Emmanuel Nunes. Des "oeuvres" où
le compositeur propose une exposition, un parcours au sein
de ses oeuvres (le jeu citationnel des guillemets - des "oeuvres"
et des oeuvres - est ici inévitable, tout se joue dans leur
présence/absence).
Si l'on pense le concert comme exposition de la musique, c'est
ici le compositeur qui est l'exposant, le commissaire de sa propre
exposition (2): ce qu'il propose, c'est une programmation, un programme
(c'est ce que dit clairement un manuscrit de Kurtág pour Rückblick).
Et, à l'évidence, il y a dans ce caractère programmatique
quelque chose qui relève du work in progres (noch
nicht beendet: "pas encore terminé", peut-on
lire sous la rature du manuscrit). Kurtág réécrit,
"arrange", retranscrit des fragments qui, souvent, étaient
déjà eux-mêmes des citations partielles (l'Hommage
à Tristan - troisième pièce chorale de l'Omaggio
a Luigi Nono - qui citait l'incipit de sixte mineure de l'opéra
de Wagner, est ici transcrit pour trompette, contrebasse, pianino
et célesta).
(1). Cf. Jacques Derrida, Spectres de Marx, Paris. Galilée,
1993.
(2). On pourrait rapprocher cette pratique de celle d'artistes comme
Daniel Buren (cf. Guy Lelong, "Musique in situ", dans
Espaces, Les Cahiers de l'IRCAM,n°5).
Source : "György Kurtág"
(Livret-programme)
Ed. Festival d'Automne à Paris, Paris, 1994, p. 27
©Festival
d'Automne à Paris
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