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Eszka-emlékzaj András Wilheim
On le voit clairement aujourd'hui, ces sept mouvements brefs composés sur des poèmes de Dezsö Tandori marquent un tournant dans l'oeuvre de Kurtág, dont l'importance est comparable à celle des Fragments d'Attila József op. 20. On y sent la proximité des premières séries des Jatékok, celle, aussi, des Pilinszky-Lieder op. 11: dans la réduction des moyens mis en oeuvre, dans le resserrement du matériau, Iimité aux relations les plus simples, dans l'attachement à l'intonation parlée (transposée dans un système autre, musical). L'effectif, enfin, est d'une économie presque ascétique, et il faudra attendre les Kafka-Fragmente op. 24 pour que se révèlent pleinement les possibilités qui s'y cachent. La signification
de la forme brève, dans l'opus 12. est tout autre que dans
les premières oeuvres de Kurtág. Alors que l'exposition
aphoristique des relations sonores donnait lieu à des formes
construites selon le principe de la mosaïque, le mode de développement
est ici plus arqué, plus vaste, son caractère est quasi
épique (et cela, presque à l'encontre de la briéveté
des textes). On voit surgir nombre de formes traditionnelles (valse,
blues, tango, récitation grégorienne du sixième
mouvement), mais l'indépendance des deux voix rompt résolument
avec le principe de la mélodie et de l'accompagnement: il s'agit
plutôt d'anticipations et de commentaires, où les solutions
techniques les plus simples - tel l'ostinato - trouvent naturellement
leur place, ainsi que les moyens formels plus complexes, telle cette
structure proche de la passacaille dans le sixième mouvement.
Source : "György Kurtág" |