Eszka-emlékzaj

András Wilheim


ESZKA-EMLÉKZAJ (S. K - Bruit-souvenir)

Opus 12 (1974-1975).
Textes de Dezsö Tandori.
Pour soprano et violon.
Création: Budapest, 28 décembre 1976.
Juliá Pászthy (soprano), András Ligeti (vl.). Durée: 8 minutes.
Dédicace: à Lajos Bardós.

On le voit clairement aujourd'hui, ces sept mouvements brefs composés sur des poèmes de Dezsö Tandori marquent un tournant dans l'oeuvre de Kurtág, dont l'importance est comparable à celle des Fragments d'Attila József op. 20. On y sent la proximité des premières séries des Jatékok, celle, aussi, des Pilinszky-Lieder op. 11: dans la réduction des moyens mis en oeuvre, dans le resserrement du matériau, Iimité aux relations les plus simples, dans l'attachement à l'intonation parlée (transposée dans un système autre, musical). L'effectif, enfin, est d'une économie presque ascétique, et il faudra attendre les Kafka-Fragmente op. 24 pour que se révèlent pleinement les possibilités qui s'y cachent.

La signification de la forme brève, dans l'opus 12. est tout autre que dans les premières oeuvres de Kurtág. Alors que l'exposition aphoristique des relations sonores donnait lieu à des formes construites selon le principe de la mosaïque, le mode de développement est ici plus arqué, plus vaste, son caractère est quasi épique (et cela, presque à l'encontre de la briéveté des textes). On voit surgir nombre de formes traditionnelles (valse, blues, tango, récitation grégorienne du sixième mouvement), mais l'indépendance des deux voix rompt résolument avec le principe de la mélodie et de l'accompagnement: il s'agit plutôt d'anticipations et de commentaires, où les solutions techniques les plus simples - tel l'ostinato - trouvent naturellement leur place, ainsi que les moyens formels plus complexes, telle cette structure proche de la passacaille dans le sixième mouvement.

 

Source : "György Kurtág"
(Livret-programme)
Ed. Festival d'Automne à Paris, Paris, 1994, p. 25

©Festival d'Automne à Paris

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