Mulian ou la descente aux enfers

 

 

Cet opéra rural de l'Ouest du Hunan, lié au cérémonial religieux funéraire, est la première pièce mentionnée dans l'histoire du théâtre chinois. Historique et spirituelle, cette forme ancienne d'opéra nuoxi (danses rituelles d'exorcisme), inspirée d'un mythe bouddhique, initie l'auditoire au voyage des âmes. Pour la première fois, cette oeuvre de la culture populaire est présentée hors de Chine.

"Le bonheur de faire le Bien est infini et ceux qui font le Mal encourent nécessairement le malheur."

Jouée à l'occasion de funérailles (payer pour la représentation permettait d'acquérir des mérites pour le mort) ou pour demander la protection du Bouddha ou lors de la fête bouddhique des morts, le quinzième jour du septième mois lunaire, la représentation de Mulian avait le pouvoir de protéger les disparus ou les vivants et de chasser les esprits malfaisants.

Cette oeuvre, basée sur la conception bouddhique d'un enfer et de la réincarnation, prône les qualités morales traditionnelles chinoises : l'allégeance, la piété filiale, la fidélité des femmes, la vénération des ancêtres, la rectitude. Autant d'éléments qui indiquent qu'en se sinisant, ce récit a intégré les pensées confucéenne et taoïste. Y interviennent également des divinités chinoises : le dieu des Fossés et Murailles, les dieux Gardiens des Portes et le Fonctionnaire divin... Dans une théâtralisation spectaculaire, Mulian fait figure d'expression de la religion populaire chinoise de nature syncrétique. Son style de chant, le gaoqiang, la plus ancienne forme d'opéra chinois connue, sans accompagnement musical, est rythmé en permanence par des percussions.

Malgré une longue interruption pour des raisons politiques, ce genre ancien - interdit au nom de la lutte contre les"superstitions" - perdure encore aujourd'hui au "pays du Sud du Lac". La troupe d'amateurs, formée de paysans, de commerçants et de fonctionnaires, doit intégrer, outre des acteurs et des musiciens, des maîtres connaissant les pratiques rituelles et les invocations de la religion locale. Au coeur de la Chine historique des "Dix-huit provinces", la minorité nationale des Miao a maintenu la tradition en chantant discrètement la pièce lors de réunions nocturnes.

Mulian ou La Descente aux enfers est une telle plongée dans le monde des morts et des démons que les acteurs n'acceptent de jouer que si la représentation s'accompagne d'un rituel pour les protéger. Autrefois, le commanditaire devait offrir à la troupe un cercueil au cas où surviendrait un accident, spécialement lors de la scène du lancer des fourches contre les âmes défuntes tentant de s'échapper du monde infernal. Le rite prend ensuite un aspect théâtral.

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