Les films présentés d'Alexandre Sokourov

Fictions


La Voix solitaire de l'homme (Odinokij golos celoveka). 1978-1987, coul., 1h31

Ce film est un essai de jeunesse. Il est pourtant parfaitement inutile - car évident - de recenser ce qui, plus tard, atteindra à une expression mature. L'homme sait déjà exactement ce qu'il veut : filmer la mort - ou plutôt : son approche -, construire chaque scène comme un dispositif préparatoire, confronter le corps de ses acteurs à leur disparition, faire un cinéma de l'acte final.
Olivier Joyard in les Cahiers du cinéma n. 528, octobre 1998

 

la Maison des coeurs brisés / Insensibilité chagrine / Indifférence affligeante (Skerbnoebeschuvst-vie). 1983-1987, coul., 1h50

Très lointainement inspiré par Bernard Shaw, Sokourov situe son film dans une optique non figurative où le récit se disloque, où des actualités d'époque (la guerre notamment) viennent ponctuer, déplacer la scène bourgeoise du drame des individus. Le film est en cinémascope et les actualités s'en trouvent aplaties, déformés : rapport d'étrangeté qui interdit la complaisance spectatorielle à la "réalité", à l'"horreur".
François Albéra in Réalités, avril 1987

 

Le Jour de l'éclipse (Dni zatmeniya). 1988, coul., 2h15

L'oeuvre la plus connue d'Alexandre Sokourov est étrange et pénétrante (...). Le cinéaste y déploie toute sa magie pour créer ce banal insolite, cette étrangeté familière, proche d'un surréalisme dépouillé de sa dimension baroque sous la menace d'une fin du monde. Images d'un bout du monde caniculaire, en sépia saturé, désert, vue aérienne d'une ville déjà vestige, mongoliens, figures prémonitoires d'une mutation catastrophique, enfant-ange tombé du ciel non par la disgrâce, mais de carence, et au beau milieu, un jeune médecin en stand-by, entre ici et nulle part...
François Niney in les Cahiers du cinéma, Spécial URSS, janvier 1990

 

Sauve et protège / Madame Bovary (Spasi i Sohrani). 1989, coul., 2h3O

Emma vit dans le Caucase où exerce son époux, le docteur Bovary. Elle s'y ennuie, s'y endette et rêve de Paris, de beauté, d'absolu... Ni ses amants, ni son enfant... ne la retiendront à la vie. Emma était condamnée à vivre ce qu'elle a vécu et à s'empoisonner. Cette adaptation du grand roman de Flaubert a reçu le Grand Prix Festival de Dunkerque et le Prix d'Interprétation féminine en 1993.

 

La Pierre (Kamen'). 1992, n. & b., 1h28

Devant le musée Tchekhov, un jeune homme apparemment en faction fait une rencontre mystique, presque érotique, avec un fantôme qui pourrait fort bien être celui de Tchekhov lui-même... Sokourov ne recule pas devant l'épopée, puisqu'il entreprend dans Kamen' de scander la vie elle-même. Une aventure de perception où le spectateur est invité à toucher le cinéma comme matière. A le toucher du regard.

 

Pages cachées (Tihie stranicy). 1993, n. & b.-coul., 1h17

pages

Un corps sorti des "bas-fonds", mais sans le roman et les dialogues, une bande sonore qui murmure autre chose que la voix, mais qui inscrit le plan de l'éternité. Des êtres de ceux que l'on ne compte pas qui se jettent dans le vide, vers la mort sans doute. Une photo dans la durée pour que ce monde halluciné nous rappelle que tout vient de là, de cette profondeur, de ce réalisme.
Jean-Henri Roger

 

Mère et fils (Mat'I Syn). 1997, coul., 1h10

C'est l'inspiration la plus expérimentale du cinéaste (...) qui atteint sa plénitude dans ce film, où une mère et son fils vivent leurs derniers jours ensemble, au coeur d'un monde métamorphosé par l'intimité de leur échange, par la force que leur tendresse oppose, en vain, au temps qui passe, à la vieillesse, à la maladie, à la mort.

Frédéric Strauss in les Cahiers du cinéma no 512, avril 1997

 

Documentaires

Maria (Marija). 1975-1988, n. & b.-coul., 36'

Un requiem en deux chapitres, dédié à la paysanne Maria Semionova, qui, toute sa vie, cultiva le lin et emportera sans doute ses secrets dans sa tombe. La première partie, pastorale, est colorée : travaux des champs, vacances en Crimée... La seconde, en noir et blanc, a été filmée neuf ans après. Son fils est mort, sa fille s'apprête à quitter le village.

 

Offrande de soir (Jertva vetcherniaïa-saljut). 1984-1987. n. & b.-coul., 2O'

Une foule de jeunes est rassemblée pour une célébration nationale dans une grande cité d'URSS. "Ce film a été tourné en troix heures. Né dans un grand moment d'excitation, il a été conçu au départ comme un reportage et a acquis seulement après une signification artistique" (Alexandre Sokourov). Le film est dédié à E.G. Klimov.

 

Elégie (Elegija). 1985-1987, n. & b., 30'

Film dédié à Fedor Chaliapine (1873-1938), l'un des plus grands chanteurs d'opéra du XXe siècle. Chaliapine a également joué dans plusieurs films, dont le Don Quichotte de Pabst en 1933. Sokourov a, dans cette élégie, utilisé des fragments de ces films ainsi que des images d'archives.

 

Elégie orientale. 1995, vidéo, s.t. anglais, 43'

Rien n'importe autant, dans Elégie orientale, que les gestes délicats, que les respirations hasardeuses, que le souffle du vent. Le cinéma de Sokourov possède une forme unique et saisissante. Elle doit autant à la peinture qu'aux arts plastiques, à tout ce qui contribue à l'élaboration minutieuse d'un espace et des fragments d'une mémoire. Elle se transforme ici en un passionnant travail d'épuisement du réel.
Olivier Joyard in les Cahiers du cinéma no 516, septembre 1997

 

Spiritual voices (Duchownyie golosa). 1992, vidéo, 5h30

 

Ile humble. 1995, vidéo, 1h15

Ce grand récit - celui du voyage d'un Russe à travers les villages et cités du Japon - comporte un aspect important : les impressions du voyageur nous sont directement transmises, mais en une forme cinématographique, où les portraits de la nature et celles de Umeno Mazujesi, la vieille dame, s'entrelacent avec la sublime musique traditionnelle japonaise et les mélodies de Tchaikowsky en une volute hivernale.
Alexandre Sokourov

 

Povinnost (Confession d'un Capitaine). 1995, vidéo, 6h30

Les cinq heures du splendide Povinnost, dernière oeuvre en date d'Alexandre Sokourov, nous confirment, entre autres (...), que ce cinéaste est actuellement le seul, ou presque, à joindre à l'esthétique même de son oeuvre une idée de l'histoire et de l'âme de son pays, à la creuser de film en film jusqu'à en être l'unique dépositaire. Ceci en convoquant de multiples formes d'art et de pensée. Povinnost est un exemple parfait de cela: le film atteint sans cesse à une dimension épique, débarrassé des facilités de l'anecdote. Il est construit pour faire date.
Olivier Joyard in les Cahiers du cinéma no 528, octobre 1998.

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