Tu me tues, ô cruelle
Carlo Gesualdo - Domenico Scarlatti

Textes chantés

Tu me tues, ô cruelle
Tu me tues, ô cruelle,
D'amour impie meurtrière
Et tu veux que je me taise et que ma mort je ne crie ?
Las, on ne peut taire le dur martyre
Vécu avant que de mourir
Où je vais criant :
"Hélas, je meurs en aimant !"
(Carlo Gesualdo, Livre V, xv, anonyme)

 
Chanson secrète
Oh, je veux
Mourir en aimant
C'est mon ordre !
(Salvatore Sciarrino)

 
Assassins d'amour
Cruelle homicide
D'amour assassin
Infâme, tu m'as cocufié
Putain, tu m'as cocufié
Je te tue
Et tu ne meurs pas encore ?
Tu assassines le corps,
Tu assassines l'esprit,
Le tien, le mien,
Qui à toi se donne
Cruelle tu me tues.
(Salvatore Sciarrino)

 
Pour finir (Rideau II)
Gesualdo da Venosa
Aujourd'hui a été absout
Nous ne savons s'il est en enfer
Si la musique a suffi
Pour atteindre le Paradis
Tout droit
Pauvres anges
Quelle musique étrange !
(Salvatore Sciarrino)

 

Carlo Gesualdo

Né à Naples vers 1564, Carlo Gesualdo est issu de l'une des familles les plus anciennes du royaume des Deux Siciles. Son père fonda une académie musicale, et la protection de son oncle, le Cardinal Carlo Borromeo, canonisé en 1610, lui fut toute sa vie d'un grand secours. En 1586, Gesualdo épousa sa cousine Maria d'Avalos, qui entretint une liaison avec Fabrizio Carafa. En 1590, il vengea son déshonneur et se réfugia dans son château de Gesualdo. Son second mariage, avec Eleonora d'Este, fut célébré en 1594, à Ferrare, où s'illustraient alors Luzzasco Luzzaschi, Le Tasse et le Concerto delle dame. La situation s'aggrava à la mort de leur seul enfant en octobre 1600, le prince sombrant peu à peu dans de douloureuses pratiques de pénitence. Gesualdo meurt en 1619.

Salvatore Sciarrino transcrit ici un madrigal initialement statique et chromatique, avant les vocalises conclusives, Tu m'uccidi, o crudele, extrait du Livre V (1611), et qui, devenu essentiellement instrumental, se fragmente dans la Chanson secrète et dans Assassins d'amour. Redécouverte en 1958, la Gaillarde, danse ternaire et modérée, apparaît sous sa forme originale dans Bal et jardin, avant de se raréfier en un écho du bal. La Gaillarde revient dans Image-obsession, musique d'accompagnement à la fête des diables. Avec la Chanson française, transcrite dans Le Voci sottovetro, et avec trois ricercari, elle est l'une des très rares oeuvres instrumentales du Prince de Venosa.

 

Domenico Scarlatti

Né à Naples en 1685, Domenico Scarlatti est organiste et compositeur de la chapelle royale de sa ville natale dès 1701. En 1705, il se rend à Venise, où il est vraisemblablement initié à l'art de Frescobaldi. De 1709 à 1719, il vit à Rome. Il se lie alors avec Haendel, auquel l'oppose une joute musicale légendaire. Maître de chapelle de Marie Casimire de Pologne, puis à la chapelle Giulia au Vatican, il compose opéras et cantates. Claveciniste renommé, il devient en 1714 maître de chapelle de l'ambassadeur du Portugal. En 1719, il s'installe à Lisbonne, comme maître de chapelle du roi João V du Portugal, chargé de l'éducation musicale du frère du roi, don Antonio, et surtout de sa fille, la Princesse Maria Barbara, pour laquelle il écrit la plupart de ses cinq cent cinquante-cinq sonates. En 1729, la princesse épouse l'infant d'Espagne, le futur Ferdinand VI. Domenico Scarlatti la suit à Madrid, où il meurt en 1757.

Salvatore Sciarrino transcrit ici deux sonates de Domenico Scarlatti : le Rideau I traduit la vivacité diabolique de la sonate K. 153, tandis que la Chasse s'aventure dans la sonate K. 532, allegro aux rythmes virtuoses.

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