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Perseo e Andromeda
Persée et Andromède
par Salvatore Sciarrino
Pietro Mazzucchelli dit Il Morazzone (1571-1626)
Persée et Andromède. DR
Elle a été abandonnée sur un rocher, au milieu
de la mer. Elle s'appelle Andromède, elle était princesse.
Un monstre devait la dévorer, mais cela n'a pas eu lieu, au
contraire. Complice, l'attente unit les deux, la belle a fasciné
la bête et peut-être la bête a-t-elle fasciné
la belle.
Nous ne savons pas combien de jours se sont écoulés,
combien d'années. Un soir, ce soir, le héros Persée
arrive en volant et, de ses armes invincibles, taille en pièces
le dragon pour libérer Andromède. Une saison enchantée
s'achève avec le monstre. Andromède refuse de suivre
Persée, d'être sa proie, et choisit la solitude. Une
tempête en mer est un beau spectacle. Mais être en elle
ou l'avoir en nous est chose terrible.
Le sujet de l'oeuvre peut sembler anomal, extrême, et ce n'est
pas sa seule particularité : à la place de l'orchestre,
pour accompagner les personnages, nous trouvons des ordinateurs. Mais
le son qu'ils génèrent emprunte une voie non orthodoxe,
loin des effets habituels, émaillés, de l'électronique.
Une musique grise et rauque, une musique de pierre, de mer, de vent,
enveloppe donc le spectateur qu'elle projette dans une dimension technologiquement
avancée, et en même temps primordiale.
Composé en 1990, à partir des contradictions avec lesquelles
l'humanité entre dans le troisième millénaire,
Perseo e Andromeda peut être considéré comme
une oeuvre emblématique. La rudesse d'un mythe antique s'unit
au quotidien de la vie ; nous retrouvons le sens de la nature à
travers la technologie ; enfin, une vocalité inventée
réacquiert une immédiateté d'expression sans
se retourner.

A paraître en novembre 2000,
Ricordi Milan
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