Programme


Programme 2018
Supplément Les Inrockuptibles
Supplément Le Monde
Anne Teresa De Keersmaeker © Anne Van Aerschot

Portrait Anne Teresa De Keersmaeker

Onze pièces différentes, auxquelles s’ajoutent un Slow Walk en plein cœur de Paris et des programmes avec d’anciens et actuels étudiants de l’école P.A.R.T.S. (Performing Arts Research and Training Studios) qu’elle a fondée à Bruxelles : s’il est juste reconnaissance d’une œuvre majeure, le Portrait dédié par le Festival d’Automne à Anne Teresa De Keersmaeker frappe par son ampleur. Rares sont les chorégraphes susceptibles d’offrir un tel éventail, dont le spectre embrasse trente-cinq ans de créations, à partir des premiers jalons que furent Fase, Four Movements to the Music of Steve Reich (1982) et Rosas danst Rosas (1983). Assurément, cette large palette n’aurait été possible sans la persistance sans faille d’un travail de compagnie, mené ostinato depuis qu’Anne Teresa De Keersmaeker, tout juste sortie de l’école Mudra dirigée à Bruxelles par Maurice Béjart, a entamé au début des années 1980 son « propre chemin, hors des chemins, sûr(e) de son chemin » (Henri Michaux). Pistil et pétales : la compagnie fut baptisée Rosas. Une enseigne qui, secrètement, renvoie tout autant à Gertrude Stein (« A rose is a rose is a rose ») qu’aux rosaces des façades gothiques. Ou, plus directement, à la structure même de la rose : « il y a chez moi », confie la chorégraphe, « un étonnement et une fascination pour les formes et les procédés issus de la nature, dont les plus frappants sont les spirales. »
Le chapelet chorégraphique, égrené par le Festival d’Automne de mi-septembre à fin décembre, témoigne de la persistance du trajet keersmaekerien, de son renouvellement et du maintien en alerte de la vivacité du trait. La chorégraphe de Rosas n’a pourtant qu’un seul sujet, qu’elle ne cesse de mettre à l’établi : le dialogue des structures et de l’émotion, depuis ce « commencement infini » que fut Fase. Comment, à l’intérieur d’une cadence sans répit – alors portée par la musique de Steve Reich –, le corps se donne-t-il une liberté de jeu et d’interprétation ? « Pour qu’à la rencontre de l’effusion il se lève une avidité. » (Paul Claudel, L’Œil écoute)
À ce prix, sans transiger sur les ressources du mouvement dansé, Anne Teresa De Keersmaeker exhale une jubilatoire clairvoyance de ses lignes de composition. « La ligne a chaque fois un désir, qu’elle suit en le découvrant. […] Que le parcours ainsi créé soit enjoué à loisir, il a toutes les chances de rester éblouissement devant la découverte, et non pas redondante satiété. […] Jet ou inflexion, la ligne bannit le repentir, fait de la justesse sa règle et de la spontanéité sa conduite » : ce qu’écrivait René Char de la peinture de Joan Miró pourrait s’appliquer, mot pour mot, aux états de mouvement dont Anne Teresa De Keersmaeker trace le devenir-présent.
La ligne : succession de points dans l’espace. Pour comprendre le mystère des articulations et des univers intérieurs, la musique est pour Anne Teresa De Keersmaeker, bien plus qu’un simple ingrédient de spectacle, une école des formes. Le minimalisme des débuts – Steve Reich, Thierry De Mey – s’est progressivement ouvert à une incroyable palette de sources, anciennes – l’Ars subtilior médiéval – ou « classiques » – Jean-Sébastien Bach, Wolfgang Amadeus Mozart –, modernes – György Ligeti, Eugène Ysaÿe, Arnold Schoenberg, Anton Webern… – ou jazzistiques – Miles Davis, John Coltrane… –, quand ce n’est pas la partition d’un texte – à l’instar de Quartett, mise en tension de l’écriture de Heiner Müller inspiré des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos –, en y frayant l’insatiable virtuosité de corps conducteurs de rythmes, d’énergies, d’émotions… « La musique est trop en deçà du monde et du désignable pour figurer autre chose que des épures de l’Être, son flux et son reflux, sa croissance, ses éclatements, ses tourbillons », écrivait Merleau-Ponty. Une appréciation que n’aurait pas démentie le percussionniste et « professeur de rythme » Fernand Schirren, dont Anne Teresa De Keersmaeker fut l’élève à Mudra, et qu’elle a à nouveau invité à enseigner au sein de P.A.R.T.S. Pour Schirren, dit-elle, « danser n’était pas seulement bouger mais aussi penser. Et cette pensée se reflète toujours très concrètement dans nos actions. » Ainsi va la danse d’Anne Teresa De Keersmaeker, pensée en mouvement, éperdue des volutes, des élans, des incises et des relâchés dont elle remonte le cours.

 

+ Rencontre avec Anne Teresa De Keersmaeker
et Ann Veronica Janssens, enseignante aux Beaux-Arts de Paris et collaboratrice régulière de Rosas
Modérateur, Florian Gaité, docteur en philosophie, critique, consultant et curateur
Vendredi 21 septembre à 11h aux Beaux-Arts de Paris
COMPLET
+ À paraître cet automne :

Anne Teresa De Keersmaeker : Rosas, 2007-2017 – Livre de photographies / Édition Fonds Mercator et Actes Sud / 19 septembre 2018

La Fondation d’entreprise Hermès est le mécène du Portrait Anne Teresa De Keersmaeker.

La presse en parle

« La danse est mon langage premier, c’est ce que j’aime le plus faire, c’est ce que je crois que je fais le mieux. » Anne Teresa De Keersmaeker in Hors-Champs avec Laure Adler sur France Culture. Retrouvez l’entretien complet en ligne : « première partie & seconde partie. »