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Claude Vivier © JA Billard

Portrait Claude Vivier

Sa vie est un roman.
Claude Vivier est né à Montréal, le 14 avril 1948, de parents inconnus. Il a deux ans quand Jeanne et Armand Vivier l’adoptent. On le croit sourd-muet, il ne parlera qu’à l’âge de six ans. Son enfance, « d’un commerce très rude, musclé », que distrait seulement son inclination au rêve et au merveilleux, se déroule dans un quartier ouvrier.
« Je suis et je serai tout le temps, immortellement ou éternellement, un enfant ». Vivier ne cessera de revenir à ce thème de l’enfance : comme ce qui précède l’acquisition de la langue ; comme babil, langage inventé, pur et universel, d’avant la tour de Babel ; comme dialogue avec l’ange, dans le silence et la solitude de la chambre, le soir ; comme amour aussi candide qu’entier, à la recherche d’une autre ascendance ; comme enchantement devant les fées, les nains, les géants et autres héros des contes qui peupleront notamment son opéra Kopernikus. Ou encore, sous la forme d’une berceuse que pourrait chanter une mère céleste si convoitée, un hymne à la nuit, promesse de renaissance, entre le rêve et la crainte angoissée des ténèbres.
Vivier fréquente les pensionnats des Frères Maristes, se destine à la prêtrise et entre au juvénat de Saint-Vincent-de-Paul, où la musique lui est révélée lors d’une Messe de minuit. Les thèmes religieux traverseront son œuvre, gorgée de rituels, d’un sentiment océanique et d’une croyance éperdue en l’immortalité de l’âme. Son mysticisme se teintera bientôt d’une foi entre chrétienté et préceptes asiatiques, d’un art tentant de faire « comme les dieux », de l’assimilation de la musique et de la prière, sous l’égide du choral ou du psaume, jusqu’à la purification mystérieuse et incantatoire. Mais exclu du séminaire pour « manque de maturité », autrement dit en raison de son tempérament jugé trop sensible et nerveux – un rejet qu’il subit non sans tourments –, il entre en 1967 au Conservatoire de Montréal, dans les classes d’Irving Heller, pour le piano, et de Gilles Tremblay, pour la composition. Là, dit-il, il naît une seconde fois, « à la musique ».
Grâce à des bourses du Conseil des Arts du Canada, il étudie ensuite à l’Institut de sonologie d’Utrecht (1971), avant d’autres séjours en Europe, à Paris (1972), où il est élève de Paul Méfano, et à Cologne (1972-1974), où Karlheinz Stockhausen exerce une influence décisive par ses œuvres, Stimmung et Inori. Auprès de lui, Vivier déclare être né une troisième fois, « à la composition ». Stockhausen, qui précise alors sa notion de formule, achève de convaincre Vivier : chaque œuvre naît d’une mélodie originelle, inlassablement chantée, qui se développe seule et dirige la grande forme comme chaque détail. Pulau Dewata ou Orion en attesteront.
Épris, comme tant d’autres de sa génération, des sagesses de l’Inde, ce dont témoigne Siddhartha d’après le roman de Hermann Hesse, Vivier effectue en 1976-1977 un long voyage en Orient : Japon, Thaïlande, Iran et surtout Bali, où il séjourne trois mois, et dont il retient non seulement nombre d’éléments de technique musicale, mais aussi le principe d’une intégration de l’art dans la vie de tous les jours. « Je réalise de façon patente que ce voyage n’est finalement qu’un voyage au fond de moi-même », écrit-il à son retour. Il en rapporte Shiraz ou encore Bouchara.
La musique est amour, de la nature et de l’homme, qui n’a d’égal que le pressentiment de la mort, sinon la volupté de mourir d’aimer. Dès lors, l’œuvre de Vivier n’exclut ni le mélodrame, ni le pathétique, ni d’intenses méditations sur l’au-delà, réduisant à rien la distance avec sa vie. De retour à Paris en 1979-1980, il découvre la musique spectrale de Tristan Murail et Gérard Grisey, dont l’impact est immédiat et profond sur sa propre pensée. Intéressé par le cinéma, il tourne l’année suivante dans une vidéo, L’Homme de Pékin, lit avec enthousiasme Marguerite Duras et Roland Barthes, et projette un opéra sur la vie de Tchaïkovski. Vivant et aimant dangereusement, Vivier meurt assassiné à Paris, dans la nuit du 7 au 8 mars 1983, à l’âge de trente-quatre ans, laissant son ultime Glaubst du an die Unsterblichkeit der Seele ? à peine achevé.
Laurent Feneyrou


Le Portrait Claude Vivier est présenté avec le soutien de la Fondation Ernst von Siemens pour la musique et du Centre culturel canadien à Paris.