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Philip Venables © Monica Dealwis

Portrait Philip Venables

Qu’elle sollicite la présence d’un metteur en scène, d’un poète ou d’un performeur, la composition chez Philip Venables (né en 1979) relève le plus souvent d’un travail collaboratif unissant en profondeur le mot, le son et le geste dans une démarche résolument engagée vis-à-vis du monde. C’est cette approche sensible et militante qui se dessine dans le Portrait en trois volets que le Festival d’Automne consacre au compositeur britannique installé aujourd’hui à Berlin.

Quelle formation avez-vous reçue à la Royal Academy of Music de Londres, où vous êtes entré à vingt-deux ans ?
Je n’avais pas l’ambition de consacrer ma vie à la musique à l’époque. J’étais concentré sur la musique instrumentale, avec une pratique traditionnelle de l’écriture. L’Académie et mon professeur Philip Cashian m’ont donné une excellente formation, très axée sur la technique et les compétences professionnelles. J’ai eu beaucoup d’occasions de travailler avec des musiciens et d’entendre ma musique en concert. C’était très intensif.

Votre emménagement à Berlin en 2008 coïncide avec le début de votre catalogue. C’est donc à ce moment-là que vous devenez compositeur…
J’avais tellement plus de temps et d’espace pour penser et me concentrer sur la composition. J’ai commencé à travailler avec le texte et à collaborer avec d’autres artistes, écrivains, hommes de théâtre, plasticiens, etc. Et cela a été un changement fondamental dans ma manière d’écrire. J’ai alors retiré de mon catalogue la plupart des œuvres antérieures.

Le titre de votre installation Venables Plays Bach, commande du Festival d’Automne, fait écho à Venables Plays Bartók, votre concerto pour violon de 2018. Peut-on dire que vous vous mettez en scène dans ces deux pièces?
En partie oui, mais je suppose que c’est surtout le processus d’écriture qui est mis en scène. Il y a quelques années, un soir de Nouvel An, j’ai pris la résolution de m’inclure dans chaque pièce que j’écrirais. J’ai lancé ça comme une blague mais au fond c’est très sérieux. Je veux montrer dans ma musique le vécu immédiat de la composition, cette « méta-couche » très intime qui mène à la réalisation de la pièce.

Venables Plays Bach est « une méditation sur l’acte de composer », dites-vous…
C’est un aperçu méditatif de la réalité de la composition, avec ces nombreuses tentatives infructueuses pour trouver des idées. On y entend le Petit Prélude de Bach BWV 940 que je joue presque chaque fois que je m’assieds au clavier et qui me permet d’entrer dans une zone de concentration et de créativité. J’ai pensé qu’il serait intéressant de mettre en avant ce monde privé – ma voix et la musique de Bach – qui nous parviendra des haut-parleurs, chacun étant une sorte de « journal-audio » de mon travail.

4.48 Psychosis, qui sera donné en version de concert à la Philharmonie de Paris, est votre premier opéra, créé en 2016. Vous signez une première collaboration avec le metteur en scène Ted Huffman, désormais fidèle compagnon de route…
Nous sommes devenus des amis très proches et je dirais qu’il y a entre nous très peu de frontières en termes de disciplines respectives. Nous avons des objectifs et des ambitions similaires concernant ce que nous voulons dire sur l’opéra et comment nous voulons travailler avec – et peut-être aussi contre – la forme.

Vous êtes le seul à avoir porté sur la scène lyrique cette pièce posthume de Sarah Kane. En quoi réside la force de ce texte ?
C’est une écriture superbe et musicale, avec une grande variété de registres et d’idées qui servent idéalement la dramaturgie sonore. Je crois qu’on ne comprendra jamais pleinement ce texte.

Au cœur de Talking Music, Numbers 81–85 et Numbers 96–100. Ces deux pièces font partie d’un cycle de compositions sur la poésie expérimentale de Simon Howard. Quelle est la nature du projet ?
C’est ma troisième incursion dans Numbers de Simon Howard, un recueil de cent strophes réparties en groupes de cinq dont le verbe direct, sensible et viscéral m’inspire beaucoup. Dans Numbers 76–80 et 91–95 déjà écrits, j’avais axé « la mise en musique » sur la confrontation de la voix parlée et des instruments. Dans ces nouvelles pièces pour soprano et ensemble, je m’oriente davantage vers la voix chantée en mettant le texte plus en retrait.

Propos recueillis par Michèle Tosi