Automne au lycée 2024 I Visite de l'exposition Correspondances
Du dernier étage de la Manufacture des Œillets, où se déploient les grandes salles au Centre d’art contemporain d’Ivry – le Crédac, Sarah Clément-Colas observe le car scolaire d’où sort une classe de seconde du lycée Charles de Gaulle de Rosny-sous-Bois. En ce mercredi, la médiatrice accueille ces élèves pour une visite de l’exposition Correspondances. Lire Angela Davis, Audre Lorde, Toni Morrison, programmée dans le cadre du Festival d’Automne. Le temps de grimper les escaliers et le groupe est là, dans une joyeuse effervescence qui sera la note tenue durant tout l’après-midi. Dans le hall, les élèves s’agglutinent tout de suite autour d’une corbeille de légumes, dont rien n’indique qu’elle fait partie de l’exposition. Suivant leur curiosité, Sarah Clément-Colas interroge les élèves sur ce que cela peut bien être : « Une nature morte » ? « Une mise en bouche » ? C’est la bonne piste, nimbée d’un peu de mystère ; la visite peut commencer.
Après une déambulation libre dans la première salle, la médiatrice les interroge simplement sur ce qu’ils et elles ont vu : « des fleurs ; des choses en noir et blanc ; des filets de pêche et des coquillages ; un collage où les mots racisme, homophobie et sexisme sont inscrits sur une paupière ; un écran où défilent des lettres, cartes postales, noms et photos ». Une élève, qui s’est emparée d’un livre attaché au banc sur lequel elle s’est assise, décrit ce qu’elle y trouve : des archives ayant appartenu à Audre Lorde, Angela Davis et Toni Morrison, que la médiatrice présente en quelques mots. Un nouveau tour de salle, cette fois en groupe, permet de s’arrêter plus longuement devant les œuvres. Fidèle à sa méthode, Sarah Clément- Colas fait travailler les élèves par observation et déduction avant – le cas échéant – de leur donner quelques informations qui complèteront le puzzle. Ainsi la femme endormie sur cette photo située juste derrière les filets de pêche suspendus, est Sarah Maldoror, sur le tournage de son film Des fusils pour Banta en 1970. Or la réalisatrice, quand elle était invitée chez des gens, avait pris pour habitude d’apporter un panier de légumes plutôt qu’un bouquet de fleurs. Voilà le mystère du hall résolu.
Patiemment, œuvre après œuvre, les élèves approchent ainsi les enjeux et les thématiques de l’exposition, qu’un premier coup d’œil ne laissait peut-être pas affleurer. Questionnements et observations procèdent comme un zoom : les fleurs forment ainsi un « herbier résistant » où chaque militante afro-féministe est associée aux caractéristiques d’une fleur, en clin d’œil au célèbre herbier de Rosa Luxemburg. Forts de cette « méthodologie » développée dans la première pièce, les élèves semblent plus autonomes dans la deuxième, s’attardant devant des œuvres que Sarah Clément-Colas éclaire avec quelques éléments de contexte. Ainsi ces fleurs qui reviennent sous de multiples formes, en bouquets ou brodées sur des serviettes, sont des références à celles qu’Angela Davis recevait quand elle était en prison.
Dans la troisième salle, où ils et elles sont immédiatement attiré·es par la musique et une installation vidéo où quatre jeunes femmes dansent au son d’un tube de Rihanna, la médiatrice révèle le dernier « secret » de cette exposition : la récurrence de certaines couleurs ou matières et de thématiques liées à l’émancipation, est un fil rouge parmi des objets disparates par leur nature mais aussi par leur provenance. En effet, certaines œuvres – que rien ne distingue des autres – ont été réalisées par des élèves des collèges Romain Rolland d’Ivry-sur-Seine et Danielle Casanova de Vitry-sur-Seine, lors d’ateliers de création liés aux archives qui sont au cœur de l’exposition. Une belle façon de retomber sur la notion de transmission, moteur de l’exposition et de la visite.





