Avec les associations du champ social
Convaincu du rôle puissant de la culture dans le maintien et le renouvellement du lien social, le Festival d’Automne poursuit ses actions initiées avec plusieurs associations de Paris et d’Île-de-France. Il propose à chaque partenaire associatif de construire un parcours permettant à ses bénéficiaires de profiter de sorties culturelles, d’ateliers de pratique et de rencontres avec les artistes.
3 associations partenaires (LOBA, WOMEN SAFE, Melting Point)
3 parcours adaptés
60 bénéficiaires
Chiffres 2024-2025
12 sorties
1 atelier avec la performeuse sonore Violaine Lochu
Portée par une approche de l’art au service d’enjeux de société aussi essentiels que la santé ou l’éducation, l’association LOBA aide les femmes victimes de violences, en envisageant notamment la danse comme un outil d’éman-cipation et un moyen de se réapproprier son corps.
En 2024, le Festival d’Automne a poursuivi son partenariat avec l’association en proposant à des femmes un parcours comprenant des spectacles et un atelier de pratique artistique mené par Violaine Lochu. La chanteuse et performeuse a imaginé un atelier sur la voix, la façon dont elle fonctionne et dont on s’en sert, notamment dans des situations parfois stressantes, comme les démarches administratives auxquelles les participantes sont – peut-être davantage que d’autres – régulièrement confrontées. Cette voix, on peut la travailler, la faire porter et pour cela, il faut d’abord comprendre ce qui rentre en jeu dans la vibration des cordes vocales, ce moteur essentiel qu’est le souffle. Le groupe commence donc par travailler deux zones essentielles en relation avec le souffle : le diaphragme et le plancher pelvien.
Assises sur des chaises disposées en cercle, le dos droit, les jambes alignées avec le bassin, les pieds bien ancrés au sol, elles inspirent et expirent puis font travailler leur mâchoire comme si elles mastiquaient un énorme chewing-gum – pour se détendre – avant de s’étirer et de laisser tomber le buste vers l’avant. Avec bienveillance, Violaine Lochu accompagne les participantes, décortique chaque partie du mouvement : « Je roule la tête, dans la conscience de ce que je fais. Je me fais du bien. J’expire, je me vide de tous mes soucis ». À ses consignes et exercices, la performeuse associe toujours des explications qui sont autant de clés pour se comprendre et prendre soin de soi. Ainsi ce nouveau temps d’échauffement, où il faut tourner les yeux de façon répétée, à gauche puis à droite, parce que le nerf optique emmagasine les tensions. En travaillant les zones de stress, on favorise la détente et la concentration, comme le confie Violaine Lochu : « Je fais ces exercices tous les jours avant de chanter, pour me rendre plus disponible à la voix. On me les a transmis il y a quelques années quand j’ai été malade et ils m’ont beaucoup aidée. Ils sont simples à reproduire quand vous avez besoin de vous détendre ».
Délestées de leurs tensions, en connexion avec leur corps et leurs émotions, les participantes vont maintenant travailler plus spécifiquement la voix. Debout, mains sur le sternum, elles lancent des sons à fort volume avant un point physiologique sur les cordes vocales qui les étonne toutes : nous n’en avons que deux et ce ne sont pas des cordes, plutôt des membranes. Quand elles se touchent et que le larynx bascule, on passe de la voix de poitrine à la voix de tête. Selon les cultures, le passage entre les deux est gommé ou accentué. Ce sont ces différents placements de voix qu’explorent à présent les participantes et notamment les zones de résonnance dans le crâne, de celle du masque où vibrent les aigus à l’arrière de la tête où résonnent les graves. Les participantes s’essaient à solliciter ces diverses zones de résonnance en modulant un son continu. Ce n’est pas évident mais on s’encourage et on s’applaudit.
Après cette « traversée de l’appareil phonatoire », les exercices suivants sont à la fois ludiques et formateurs, travaillant l’adresse et la circulation de la parole. Toujours en cercle, les participantes doivent d’abord choisir chacune une syllabe parmi cinq proposées et l’envoyer à tour de rôle. Il faut être assurée, claire, intelligible pour que sa voix ait un impact. Associées en binômes, les participantes vont ensuite inventer une « langue de combattante » et un discours de colère : l’une commence et l’autre doit s’adapter, imiter sa langue imaginaire pour lui répondre. Des petits dialogues faussement agressifs se mettent ainsi en place, pointant quelque chose d’essentiel pour la vie de tous les jours : savoir s’adapter au discours et au ton d’un interlocuteur. L’exercice décortique aussi comment l’agressivité passe également par la seule voix, ses modulations, son intensité, la façon dont le corps et le regard l’accompagnent. Elle instille enfin l’idée que les interactions sociales sont à cette image : un jeu de rôle. À l’issue de ces deux heures, les participantes ont saisi que – en les aidant à se mettre dans une condition de parole – cet atelier et ces exercices leurs seront utiles au quotidien pour ne pas s’excuser de parler, poser leur voix, s’affirmer et se ré-ancrer.
Pour aller plus loin
Reportage de l'édition 2024
Contact
Emilie Roffi
responsable des actions artistiques et de la diversité des publics
e.roffi@festival-automne.com


