Robert Wilson / Tom Waits / William Burroughs The black rider

[Théâtre]

Le Cavalier noir, c'est-à-dire le diable, fournit des balles magiques - infaillibles sauf une, dont il se réserve la destination -, à un clerc amoureux qui doit triompher d'une épreuve de tir avant d'épouser l'héritière d'un garde-chasse ducal. Cette légende faustienne de Bohême a déjà inspiré Der Freischütz à Carl Maria von Weber (1786-1826), un opéra qui finit bien, à la différence de The Black Rider, où le héros manipulé atteindra fatalement sa fiancée. Tout comme Burroughs a atteint son épouse Joan, en 1951, à Mexico, alors qu'il visait un verre posé sur sa tête. Cet accident, écrira-t-il, "a orienté ma vie et déterminé mon oeuvre". Burroughs, grand seigneur, élève cette histoire de pacte diabolique en parabole concrète sur la séduction maléfique de l'héroïne.
Chantées en anglais, les douze chansons aux paroles saturniennes de Tom Waits (trois tubes à prévoir au minimum) jouent le jeu de la comédie musicale avec un entrain spirituel macabre, danse de Saint-Guy et polka du diable. Entre Nosferatutupanpan et Kurt Weil beatlelisé, certes, mais communicatif, sincère et entraînant. Les huit musiciens à l'orchestre-bastringue, de l'harmonium à la scie musicale, excités par une brande son hantée de bruits de pales d'hélicoptères et d'ouragans sur le Caine, sont les maitres pervers de douze comediens-chanteurs-contortionnistes dont ils commandent et soulignent les mouvements, réglés pour casser le réalisme.

Michel Cressole
in Libération