Francois Couperin / Brice Pauset Leçons de ténèbres du mercredi saint / symphonie II 'La Liseuse'...

[Musique]

“La Liseuse en bleu” de Vermeer ne saurait être qu'une simple évocation de la vie hollandaise du XVIIe siècle. J'y vois un message foncièrement métaphysique : un hommage à l'intériorité, à la mémoire, aux lieux et aux objets de la mémoire, à la lumière qui montre ces lieux, à l’espace, à la connaissance.
Ici, deux “liseuses”. L’une parle, articule, c'est la voix du sens, du discours explicite ; l’autre diffracte, atomise, déforme, bégaie, donne en spectacle ce que le discours a laissé dans les plis de la connaissance. La musique transperce alors le texte pour le porter vers ses extrémités, quitte à ne donner corps, pour un moment, qu'à un de ses infimes fragments, à l’image des lettres hébraïques ouvrant chaque chapitre des Leçons de ténèbres de François Couperin (1668-1733).
L’espace décrit par les sept groupes de musiciens répartis sur scène et dans la salle, les deux voix, les formes convoquées, les textes empruntés (“Phèdre” de Platon, le “Théâtre de la mémoire” édifié au XVIe siècle par l’érudit Giulio Camillo) sont autant de moyens d’interprèter cette liseuse platonicienne perdue dans la lumière flamande.
Brice Pauset