Wolfgang Rihm / Gérard Pesson / Jörg Widmann Nebenstück / Fieberphantasie...

[Musique]

Affleurent à la surface des œuvres de ce concert souvenance et invocations de Schumann et de Brahms. “Les voix auxquelles nous prêtons l’oreille n’apportent-elles pas un écho de voix désormais éteintes ?”, écrivait Walter Benjamin. Une généalogie se dessine ainsi, peut-être une archéologie musicale, non selon les canevas institués de la transcription ou les contraintes d’une tradition, mais traversée d’ombres et de spectres, là où les morts agissent tout autant que les vivants. C’est dans la hantise de ces corps sonores sans chair, inouïs, visibles mais insaisissables, au cours de ces entretiens avec quelque fantôme, que se donne l’authentique dialogue avec l’aïeul. Dans les Quatre Etudes pour un quintette avec clarinette, Wolfgang Rihm (né en 1952) retrouve les accents d’une nostalgie, d’une tristesse, d’un regret mélancolique et sentimental, que Nietzsche entrevoyait chez Brahms rêvant en secret ou pleurant sur lui-même. Toute moderne, la reconduction souterraine et continue d’éventuels contrastes à un matériau unique, toujours remanié, modelé, transcendé, masqué parfois, confère au discours une cohérence interne, dont témoignent les scènes musicales de la fieberphantasie de Jörg Widmann (né en 1973). Avec Nebenstück, Gérard Pesson (né en 1958) énonce, dans les bruissements d’un effectif brahmsien à souhait, ce qu’il nomme une “contamination” entre l’invention musicale et une mémoire nécessairement oxydée. Mâtinée d’aura, l’œuvre modifie l’étrange Ballade opus 10 n° 4 de Brahms, dont elle est un délicat filtrage.