Galina Ustvolskaya Sonates I à VI pour piano

[Musique]

Les six Sonates pour piano de Galina Ustvolskaya, étrange objet de la littérature pianistique de la seconde moitié du XXe siècle, sont le fait d’une artiste fascinante et secrète, dont l’œuvre a dû attendre l’éclatement de l’Union Soviétique pour sortir de la confidentialité.
Née en 1919 à Saint-Pétersbourg, où elle mène encore aujourd’hui une existence quasi recluse, Galina Ustvolskaya a été l’élève, dix années durant, de Dimitri Chostakovitch, avec lequel elle entretint une relation intime et complexe. À l’instar de celui-ci, mais dans une veine créatrice toute différente, Galina Ustvolskaya a dû, pour vivre, composer avec les exigences d’un régime pour lequel elle a livré maintes partitions obligées. Toutefois, à la différence de son aîné, elle a rayé ces partitions de son catalogue, les jugeant indignes d’une production parcourue ailleurs d’une tension et d’une force spirituelle sans pareilles. Traversant cette production d’un bout à l’autre, le cycle des Sonates pour piano, composé entre 1946 et 1988 pour son instrument de prédilection, exprime la quintessence d’une musique bâtie sur un subtil mais radical jeu d’oppositions dynamiques et sonores : oscillant avec fluidité entre des passages d’une violence et d’une âpreté radicales et d’autres à la douceur diaphane, de martèlements rythmiques en clusters hypnotiques, hiératiques, les Sonates pour piano semblent suspendues entre colère et résignation, exaltation et recueillement. Leur dépouillement extrême ne procède pas d’une austérité contrite et contrainte mais bien plutôt d’une volonté de ramener la musique à l’essentiel, d’en restaurer la profondeur utopique, mystérieuse et transcendante. On peut certes découvrir dans ces cérémonies secrètes des échos de Chostakovitch ou de Satie, de Cage ou de Ligeti. Toutefois, comme celle de Scelsi, autre personnalité non-conventionnelle, insaisissable et éprise de mysticisme, la musique de Galina Ustvolskaya semble se développer suivant un chemin connu d’elle seule et pourtant ouvert à tous. Un chemin dont le pianiste Markus Hinterhäuser est familier pour avoir été l’un des premiers à l’emprunter, en enregistrant l’intégralité du cycle.

Galina Ustvolskaya est née en 1919 à Saint-Petersbourg où elle vit et travaille.