Lee Breuer Mabou Mines Dollhouse

[Théâtre]

Nora, femme-enfant à laquelle Robert Helmer, son mari, aujourd’hui directeur d’une grande compagnie financière, n’a jamais demandé de réfléchir, a contracté, dans les premières années de son mariage, une dette secrète faussement signée du nom de son père. Au moment où débute la pièce, le prêteur, qui occupe une modeste fonction dans la compagnie d’Helmer, va recevoir son congé… Cette signature, péché moral aux yeux d’un homme incarnant les valeurs d’une société d’hommes et l’impossibilité pour Nora de trouver une place face à cette autorité qu’elle accepte sans la comprendre, la conduiront à fuir soudainement ses enfants et le domicile conjugal.
Dans la mise en scène et l’adaptation de Maison de Poupée réalisée par Lee Breuer, le dépérissement de Nora, qui s’éteint « à force d’être seulement cajolée et considérée comme un jouet dans la famille », est traité au plus petit pied de la lettre. Sur le plateau, entourée d’acteurs lilliputiens, Nora, du plus haut de son regard de femme et de poupée, subit les assauts ridicules de la petite société des hommes.
Un contraste d’une violence extrême qui dénonce cette machination où chacun se trouve pris : ne peuvent vivre dans cette maison-jouet que des femmes acceptant d’être des poupées pour permettre à leurs maris de se croire grands.
« Rien ici n’est réel si ce n’est la souffrance. Torvald tout comme Nora sont piégés par une langue qui induit des rapports sexistes, nourris de l’illusion d’un pouvoir mâle. L’un et l’autre en paieront le prix : la mort de l’amour. »