Michal Rovner Fields / Fields of Fire

[Arts Plastiques & performance] Les images et installations de l'artiste israélienne Michal Rovner, née à Tel-Aviv en 1957, mettent en œuvre un travail aux frontières, évoluant dans un « espace entre » (The Space Between, titre de sa rétrospective, en 2002, au Whitney Museum de New York). Frontières réelles ou symboliques, entre la réalité et la fiction, mais aussi entre l’image fixe et l’image animée, entre la photographie et la calligraphie ou la peinture. « Mon travail n’est pas directement lié à la question israélo-palestinienne. Je montre des situations de conflit, de tensions, de fractures, de vulnérabilité », déclare l’artiste, qui ajoute par ailleurs : « Je pars toujours de la réalité. Je l’enregistre, et ensuite, petit à petit, je soutire l’image à la réalité. L’image devient plus floue, elle perd de sa définition, elle se rapporte dès lors à autre chose. » Avec une rigueur et une clarté de vision extrêmes, Michal Rovner exploite toutes les ressources du travail sur l’image photographique et la vidéo, retraitant les scènes qu’elle enregistre, modifiant les couleurs, les contours, les proportions, pour faire saillir des détails insoupçonnés et mettre ainsi en présence d’une autre réalité. Il ne s’agit pas d’enjoliver le réel, ou de l’abstraire, mais au contraire d’attirer l’attention en la détournant : sur un monde en proie à la guerre, soumis à la profusion des images, sur la fragilité des limites entre le bien et le mal, l’être et l’inexistant. L’image photographique se fait proprement révélatrice, et met à jour la coexistence de plusieurs niveaux de perception. Ce qui frappe, dans le travail de Michal Rovner, c’est la force, la beauté qui se dégage de ces images. On pourrait penser – à la vue de ces silhouettes fragiles, tremblotantes, presque fantomatiques, perdues à la surface neigeuse des écrans vidéo, ces fermes isolées dans le décor au point de devenir quasi abstraites – aux paysages de Gerhard Richter, aux univers désolés du cinéaste Sharunas Bartas.
Michal Rovner avait déjà travaillé avec des musiciens : Philip Glass (Notes, 2001). Pour la nouvelle pièce créée au Jeu de paume, elle collabore avec un autre architecte des frontières, le compositeur et metteur en scène allemand Heiner Goebbels.