Rosangela Renno Espelho diário

[Arts Plastiques & performance]

Présentée en 2001 au Museu do Chiado à Lisbonne, l’installation Espelho diário (Daily mirror), ironique référence au tabloïd The Daily Mirror, est née d’une collection inédite. Pendant des années, Rosângela Rennó a réuni, au hasard des faits divers de la presse brésilienne, tous les articles évoquant d’autres Rosângelas. Puis, avec la collaboration de l’écrivain Alícia Duarte Penna, elle a transcrit ce matériau sous la forme de brefs monologue intérieurs, avant de les interpréter tous. La succession filmée de ces 133 Rosângelas – mères, célébrités, femmes au foyer, sans-abris, femmes assassinées, kidnappées, députées, ouvrières… –, classées selon leur fréquence d’apparition et leur activité, donne lieu à une forme tout à fait insolite d’archive vivante. L’installation accentue, par le biais de 2 vidéos synchronisées, disposées selon un angle proche de 90 degrés, la mise en miroir de ces Rosângelas singulières.
Choisie pour représenter le Brésil à la 50e Biennale de Venise en 2003, Rosângela Rennó est sans conteste une figure à part dans le paysage actuel de l’art contemporain. Son œuvre décalée, pavée d’installations d’envergure, prend forme à partir d’un matériau hétéroclite : photographies d’albums de famille, coupures de faits divers, instantanés de photographes célèbres, archives pénitenciaires… Procédant par déplacements, traitements informatiques, recontextualisations, mises en dialogue avec des textes, Rosângela Rennó se réapproprie l’ensemble de ces supports, preuves d’existences disparates et dispersées. Ce faisant, elle crée une œuvre ouverte où entrent en
résonance des voix disparues, anonymes, qui se croisent et nous interpellent. Car en nous renvoyant à des références privées, les objets mis en scène – photographies, témoignages factuels de mariages,
vacances, anniversaires, etc., mais aussi albums de famille – invitent nécessairement à une réflexion sur l’amnésie sociale et la dissolution de l’identité.