Cameron Jamie JO

[Arts Plastiques & performance] Qui a connu le surprenant bonheur – visuel et sonore – d’assister à la projection, donnée à l’automne dernier, de trois courts métrages du réalisateur américain Cameron Jamie, sait qu’il ne faudra surtout pas manquer la reprise, après la biennale de Venise, de JO, réalisé en 2004.
Un film en deux volets, manière de documentaire d’un autre type, qui croise la fête rituelle organisée chaque année à Orléans pour célébrer la mémoire de Jeanne d’Arc et l’un des nombreux concours américains d’ingestion chronométrée de hot-dogs.
 
Cameron Jamie poursuit ici une exploration quasi anthropologique des cultures vernaculaires et des fantasmes qu’elles véhiculent, telles que cristallisées et affichées dans les grandes manifestations populaires.
Le regard artistique porté sur le bain d’huile où bouillonnent nauséeusement les frites « à la Jeanne d’Arc » – nom signifiant à San Fernando Valley un mode particulier de cuisson de la pomme de terre – ou sur le visage illuminé de la jeune fille choisie chaque année pour incarner la figure de Jeanne, décrypte un rituel où les communautés se révèlent ; pas toujours pour le meilleur. Le fantastique et la fiction ne sont pourtant jamais très loin, que construit le montage du vidéaste, – empruntant aux archives et au reportage, jouant de surimpressions à la Eisenstein ou inversant la chronologie des événements –, et qu’entraîne la musique live du musicien japonais Keiji Haino vers un paroxysme sonore où sexualité trouble et régurgitation alimentaire s’accordent miraculeusement.
Un même bouillon de culture idolâtre où la monstruosité consumériste américaine du « Eat all that you can eat – They came, they ate, they conquered » rejoint l’image pathétique et patriotique d’une
Jeanne d’Arc en armure, paradant à cheval devant la vitrine d’un Mac Donald de province.

Cameron Jamie est né en 1969 à Los Angeles
(Californie).