Ernesto Neto Leviathan Thot

[Arts Plastiques & performance] Léviathan Thot, installation monumentale conçue par l’artiste brésilien Ernesto Neto pour le Panthéon, est une œuvre anthropomorphique. Du Léviathan, monstre du livre de Job auquel elle emprunte son nom, elle a les improbables yeux, le cerveau, la bouche, le cœur et les membres ; une créature de tulle contrebalancée par des masses de polystyrène, accrochée sous la coupole d’un des monuments les plus chargés d’histoire de la République.
Cette sculpture, envisagée par l’artiste comme « un corps spatial » joue de la confrontation entre une animalité qui emprunte sa vie à la tension des matières en lutte contre la gravité – instant d’équilibre où les voiles de lycra se font peau – et une rationalité architecturée, sédimentation d’enjeux culturels et politiques, représentée par le bâtiment lui-même et ses multiples inscriptions commémoratives.
« Cette œuvre est construite comme un organisme de contact entre deux éléments : le corps d’une part, ses harnais d’autre part. Tout cela sera suspendu et ne trouvera l’identité de sa forme que dans l’équilibre résultant d’un conflit entre gravité et matière… jusqu’à s’immobiliser. […]
Quel meilleur lieu que le Panthéon pour débattre du conflit entre nature et culture ? Par-delà la
complexité d’une possible approche philosophique, je dirais que je viens d’une ville où la nature omniprésente porte ce conflit à son paroxysme : Rio de Janeiro. Ici, nous avons à survivre dans une relation organique et dramatique où s’affrontent nature et civilisation.
Une nature forte, d’une présence intense, une ville cernée d’impressionnantes montagnes dont la minéralité côtoie l’immensité vide de la mer, des lacs et de la baie ; la luxuriance de sa forêt tropicale. Ici se révèlent les limites de la civilisation. La ville grossit à l’image d’une rivière contrainte. Ici l’histoire est plus le fait des éléments que de la culture. Depuis plus de six cent millions d’années, mer et montagnes y déploient leur présence et leur infinité. À l’opposé de tout cela, le Panthéon : un monument de culture et d’histoire dont mon installation serait l’enfant. L’œuvre ne peut s’envisager en dehors de ce contexte dont le bâtiment sera le cocon historique. Thot, dieu de l’Égypte ancienne, inventeur de l’écriture et scribe des dieux, viendra perturber l’installation…
Ernesto Neto est né en 1964 à Rio de Janeiro, où il vit et travaille. Figure de la jeune création brésilienne, il se démarque par la singularité avec laquelle il traite les notions d’espace et de corps. Depuis 1987, il propose une œuvre aux multiples facettes. « L’énergie qui anime mon travail est la pesanteur. L’objet, la forme, le contour se trouvent définis quand le matériau est étiré dans l’espace et montre la légèreté de la masse ». Ses sculptures utilisent des matériaux flexibles, translucides,
« épidermiques », et privilégient l’immersion sensorielle du visiteur pour donner à penser le passage du temps et la fragilité des mondes.