De Mongolie

[Musique] L’Histoire secrète des Mongols est à la Mongolie ce que le Kalevala est à la Finlande, le Mahâbhârata à l’Inde : un texte séminal, fondateur, dont l’origine remonterait au XIIIe siècle ; un joyau du patrimoine mondial dont on pourra, pour la première fois, entendre les douze chapitres. La version écrite de cette épopée (tuul’) embrasse la généalogie, la naissance, les conquêtes et la descendance de Gengis Khan. Œuvre d’un anonyme, elle nous est parvenue en langue mongole, mais dans une transcription en caractères chinois. Jacques Legrand n’y voit pas tant une « chronique » qu’« une œuvre à la fois historiographique, politique et littéraire. Cette complexité en fait d’ailleurs la richesse et la signification. » Une signification que les bardes, dépositaires de cette culture, ont pour vocation d’enrichir en permanence, et en public, usant de toutes les ressources de leur voix, de leur imagination, pour en actualiser le caractère merveilleux et la dimension dramatique.
Dans la Chapelle des Récollets, L’Histoire secrète des Mongols, contée avec un accompagnement à la vièle à quatre cordes (dorvon tchigtei khuur, « vièle à quatre oreilles »), surtitrée, est aujourd’hui présentée, en deux concerts, dans son intégralité. Porteur de ce texte qui contient tout un peuple, texte source autant que fleuve, Burenbayar, comme tous les bardes mongols, est l’alter ego des griots mandingues – de ces musiciens passeurs et palimpsestes qui disent l’immémorial et le politique, et qui transmettent, en « éducateurs populaires », le code moral.