Pascal Dusapin / Peter Mussbach Faustus, the Last Night

[Musique] « Longtemps, j’ai pensé à Faust », avoue Pascal Dusapin, dès le début des années 1990, lors de la conception de To Be Sung, opéra sur un texte de Gertrude Stein, dont il comptait initialement adapter le Faustus Lights The Lights. « Plus que jamais, Faust réexpose la démence narcissique qui est le trait saillant de notre culture. […] Comme beaucoup, je suis fasciné par ce personnage mais je ne l’aime pas. À la lumière de notre futur présent, il exhibe aujourd’hui ce qui offense profondément l’esprit : arrogance, prétention, fatuité, extrême démesure de l’ambition animée par la peur, convoitise et puissance… » Pour aborder le mythe de ce « mégalomane forcené et paranoïaque », de cet « homme trop humain », Pascal Dusapin a choisi de revenir aux sources : partir du Faustus de Christopher Marlowe, dramaturge et poète élisabéthain qui mourut dans des conditions mystérieuses à 29 ans (bien antérieur au Faust de Goethe). Ce personnage est le point de départ d’une vaste pièce de théâtre aux allures de labyrinthe borgésien, où résonnent sous forme de cut up les mots de Dante, Flaubert ou Cadiot, où l’on croise le Bartleby de Melville et le Sly de Shakespeare.
Avec ce sixième ouvrage scénique, créé en janvier 2006 au Staats-oper de Berlin, Pascal Dusapin rompt avec la veine contemplative de Perelá, l’homme de fumée, son opéra précédent : Faustus, The Last Night, « opéra en une nuit et onze numéros », est une partition lyrique, dramatique, récit d’une longue nuit qui est peut-être la dernière de Faustus ; d’une quête frénétique et hallucinée qui mène son « héros » du crépuscule à l’aube, sous l’œil hilare de Méphistophélès. Mû par un « incessant mouvement de balancier entre les allégories littéraires et les nécessités de la composition musicale », Pascal Dusapin conte une allégorie de l’égarement, à travers la course – une course contre la montre qui serait dès le départ une course à l’abîme – d’un être agité par la peur de l’oubli et par une insupportable confusion, désespérément en quête d’une trompeuse lumière.