Dood Paard Titus Andronicus

[Théâtre] Trois ans après avoir présenté, au Festival d’Automne, sa vision de la figure de Médée, la compagnie Dood Paard nous convie à une adaptation du Titus Andronicus de William Shakespeare – dont elle a également mis en scène les deux autres « tragédies romaines », Jules César et Coriolan. Cette œuvre de jeunesse, injustement considérée comme mineure, fait partie des pièces politiques de Shakespeare : elle conte le retour à Rome du commandant Titus, bientôt plongé au cœur de luttes politiques et de tragédies familiales, rapidement emporté dans le maelström de la violence.
Une tragédie qui est aussi considérée comme l’une des plus sanglantes de son auteur, donnant à voir un jeu de massacre dont l’outrance ne fait que souligner l’absurdité.
De cette « foire aux atrocités », de ce théâtre où partout le sang suinte, le collectif néerlandais livre une version moins édulcorée que stylisée, avec la verve iconoclaste qui le caractérise. Mais, si Dood Paard prend des libertés avec Shakespeare, qu’ils le traduisent de manière métaphorique ou en soulignent l’ impact violemment contemporain, c’est toujours en bonne intelligence et de façon respectueuse. Des scènes pandémoniaques alternent avec des passages dansés, la drôlerie côtoie le recueillement, les crimes inexcusables prennent des allures de cadavres exquis : ce Titus est un nouveau moyen d’exercer une intarissable inventivité, mais aussi de déployer une intense énergie théâtrale, nourrie d’un rapport instantané au public.
Dood Paard transforme le théâtre en arène, en hémicycle où les enjeux sont politiques ; un espace de débat, lieu d’une émotion collective authentique.