Emanuel Gat Petit torn de dança / My favorite things...

[Danse] Figure à part de la scène contemporaine, le danseur et chorégraphe Emanuel Gat place les œuvres musicales au cœur de son travail avec la compagnie qu’il a fondée en 2004 à Kyriat Gat, à une soixantaine de kilomètres au sud de Jérusalem. Le Requiem de Mozart, le Voyage d’hiver ou Le Sacre du printemps l’ont révélé au public. Une musique qu’il aborde sans complexe (il faillit jadis devenir chef d’orchestre), mais avec une souveraine maîtrise, une manière évidente de ciseler l’énergie, de « jouer des corps comme des facettes d’un kaléidoscope » (Rosita Boisseau).

Cependant, la danse est aussi pour Emanuel Gat un médium qui lui permet d’aborder et de traduire, avec la plus grande sincérité et la plus grande acuité possibles, son quotidien, celui d’un jeune homme de 36 ans établi, avec sa famille, à proximité de la bande de Gaza.
C’est le cas, par exemple, lorsqu’il entreprend en 2003 de danser Ana wa enta, pièce sur le mariage entre deux hommes, écrite par un artiste israélien travaillant avec des Palestiniens : Emanuel Gat a trouvé dans la danse le lieu de tous les engagements. C’est ce mélange de robustesse et de délicatesse, d’agilité et d’intimité qui donne à son travail cette dimension singulière, bien peu orthodoxe, que l’on retrouve ici à travers un triptyque balayant deux cents ans de création musicale. Un solo, tout d’abord, voit le danseur se mesurer au saxophone de John Coltrane sur My favourite things, standard immortalisé par celui-ci. Gat redevient ensuite chorégraphe pour un duo sur des airs populaires français du XVIIIe siècle, interprétés par Le Poème Harmonique. Enfin, Through the center, all of you, at the same time and don’t stop, pour neuf danseurs, est fondé sur une musique de Squarepusher : la figure de ce trublion virtuose de la scène électronique correspond bien à Emanuel Gat, et sa musique tout autant, à la fois fluide, harmonieuse, et parcourue de rythmes saccadés et bancals.