Enrique Diaz Seagull-Play / La Mouette

[Théâtre] Avec Seagull-Play, Enrique Diaz,  poursuit un travail entamé notamment avec Ensaio Hamlet (Répétition Hamlet), présenté en 2005 au Festival d’Automne.
Un travail par lequel Enrique Diaz s’affirme de plus en plus comme un « metteur en scène », sans cesser pour autant d’être un acteur, bien au contraire. Le théâtre selon lui, est un jeu de doubles et de dupes au centre duquel se trouve le corps de l’acteur, et où ce qui compte est en premier lieu le « jeu ».
Instrument de stylisation, le corps est avant tout ce prodigieux réservoir d’énergies que le maître japonais Tadashi Suzuki lui a appris à canaliser, et à utiliser. Il devient l’enjeu d’un théâtre où priment l’invention collective et l’improvisation, une écriture du plateau, mais aussi des corps, qui passe également par les grandes œuvres du répertoire.
Ensaio Hamlet offrait le spectacle d’une répétition théâtrale à tous les sens du terme. De même, lorsque Diaz s’empare de Tchekhov, c’est pour cultiver amoureusement la mise en abîme déjà nichée au cœur de La Mouette, pièce qui est en elle-même une vertigineuse réflexion sur la création artistique. Entre la campagne russe et la scène de la Ferme du Buisson, entre le siècle de Tchekhov et le nôtre, il n’y a finalement qu’un très court chemin, que le metteur en scène emprunte allègrement, et à un train d’enfer, faisant sortir la pièce de ses rails comme les acteurs de leurs rôles. Les didascalies se dévoilent, les personnages se dédoublent, des accessoires étranges font leur apparition – un casque de cosmonaute, un hélicoptère survolant le public, une étrange sculpture de chaises et de glaise –, une scène de La Dame aux Camélias, des extraits du journal de Stanislavksi ou encore les confidences des acteurs font irruption au détour du texte… Dans Seagull-Play, on l’aura compris, tout est dans le « Play ».