Franco Donatoni / Jérôme Combier / Salvatore Sciarrino Flag / Stèles d'air...

[Musique] Les œuvres des compositeurs italiens Franco Donatoni (1927-2000) et Salvatore Sciarrino (né en 1947) semblent tracer dans le paysage de la musique d’aujourd’hui deux lignes de forces inconciliables, comme celle qui sépare « l’automate et la grâce », selon la formule de Kleist.
D’un côté, la verve presque mécanique d’un Donatoni en qui cohabitent le jazzman et l’artisan, sensible dans deux partitions pour petits ensembles datant de la même période, Flag (1987-1990) et Hot (1989-1990), cette dernière déployant un « jazz imaginaire » où des gestes venus de l’improvisation se coulent dans une écriture littéralement automatique. De l’autre, le lyrisme quasi organique, « l’arte povera sonore » de Salvatore Sciarrino, en qui cohabitent l’artiste et l’honnête homme : la matière musicale de son Introduzione all’oscuro semble pétrie à même le silence, laissant de « limpides épiphanies » sourdre d’une pulsation sombre, spectrale et intense comme l’est celle d’un cœur qui bat.
Plus jeune encore, Jérôme Combier (né en 1971) se situe plutôt du côté du second. La forme est pour lui un enjeu essentiel, et c’est précisément en cela qu’il est un poète, dont la musique traduit et canalise une sensibilité exacerbée, et qui pour l’évoquer préfère se référer directement à des plasticiens, ou à des poètes comme Jaccottet ou Beckett. Commande de l’Ircam, Stèles d’air se situe dans le prolongement des Vies silencieuses, dans lequel Combier envisage le son comme une matière, une force profondément élémentaire, en termes à la fois plastiques et poétiques : alors que ce précédent cycle s’inspirait de la peinture de Morandi, l’idée de Stèles d’air est née de la découverte des « installations » de Giuseppe Penone. À sa palette, Jérôme Combier a ajouté la matière électronique dans cette partition qui résonne, pour reprendre le titre d’une œuvre de Penone, comme une injonction à respirer l’ombre.