Hugues Dufourt An Schwager Kronos / Erkönig...

[Musique] En 1994, plus de vingt-cinq ans après son unique composition pour le piano (son opus 1), Hugues Dufourt (né en 1943), pionnier de la musique spectrale et électroacoustique, revenait à cet instrument avec An Schwager Kronos : la première des quatre étapes d’une vaste entreprise de « réappropriation » du piano romantique, consacrée plus particulièrement aux Lieder de Schubert sur des poèmes de Goethe. « Mon retour au pari pianistique est un travail de réappropriation de ses matrices. […] Je ne prétends pas restaurer le piano romantique, ce qui serait une absurdité, mais je voudrais au moins comprendre intimement, en les réefectuant et en les transposant, les démarches novatrices des inventeurs du piano du siècle dernier », expliquait ainsi le compositeur en 1997 à Pierre-Albert Castanet.
Créé l’an passé au Festival d’Automne, Erlkönig, œuvre virtuose de plus de trente minutes, venait parachever, tout en le rééquilibrant, ce cycle que François-Frédéric Guy interprète dans son intégralité, cette fois en un seul concert. Avec ce Roi des aulnes – où le flux torrentiel du piano a la folle allure d’une chevauchée –, comme dans les autres pièces du cycle, Hugues Dufourt ne se borne pas à profondément renouveler son langage ; il exprime surtout un désir de s’élever bien au-dessus de la mêlée des « stylistes » et des vaines querelles d’esthètes. Ce qui l’a passionné dans ce travail de réappropriation, c’est avant tout la dimension que l’on pourrait dire « humaniste » du Lied. Le compositeur envisage celui-ci comme un chant d’expérience, sinon d’espérance, dont la dimension fantastique traduit l’aspiration à transcender l’inexorabilité du temps (Chronos, ce « postillon sinistre » dépeint par Goethe).
Il en use alors comme d’un générateur moderne de réminiscences qui relieraient le XIXe au XXIe siècle, où affleure « une poésie lunaire et tellurique », où rôde « une menace permanente ».