Lars Noren Le 20 Novembre

[Théâtre] Le 20 novembre 2006, dans la ville allemande d’Emsdetten, un jeune garçon de 18 ans pénétrait armé dans son ancien lycée pour y faire feu sur ses anciens camarades et professeurs. Après avoir blessé neuf personnes, Sebastian Bosse retournait son arme contre lui.
Le 20 novembre, c’est le titre du monologue que, quelques semaines plus tard, Lars Norén a écrit à partir du journal intime laissé par l’adolescent, lui qui a toujours entretenu un rapport intime à la folie, et dont le théâtre ne cesse de sonder les maux qui empoisonnent la sphère sociale, les mécanismes par lesquels notre époque parvient à transformer certains individus en « perdants ».
Jusqu’à fabriquer des meurtriers. Dans ce texte polyphonique, la poésie se mêle au récit insupportable, clinique, d’un suicide programmé. Passant du désespoir à la révolte, de la honte à la haine, Anne Tismer - exceptionnelle comédienne - habite avec une vérité extraordinaire le personnage de ce jeune homme qui pourrait être son fils. Car Le 20 novembre, c’est aussi le constat terrible de nos échecs, de nos coupables lâchetés, d’un monde que nous sommes tous responsables d’avoir laissé devenir froid et dur comme le canon d’un revolver. Un regard clinique jeté sur une société où insidieusement, derrière la succession anonyme des « faits divers », la barbarie finit par amenuiser les êtres et anéantir l’espoir.