Rabih Mroué Qui a peur de la représentation ?

[Théâtre]

Un homme et une femme installent le décor, déploient un écran et disposent leurs ustensiles sur une table : chronomètre, feuillets, épais catalogue. Ils s’arrêtent pour tirer à la courte paille. « Ah, désolé, c’est toi  (Elle, Lina Saneh) qui va “représenter” ».
En arabe, le mot “représentation” (tamthil) a trois sens : le jeu, l’interprétation, et l’acte de violenter
un corps. Ici, la progression de la violence prend appui sur le contraste de plus en plus éclatant entre des histoires vécues, gravées dans la chair de l’Histoire, et une autofiction qui, petit à petit, se glisse dans le maillage de la réalité.
Qui a peur de la représentation ? Quel est le rôle de l’artiste dans un pays fragile, marqué par la guerre civile ? Quelle est la place de l’individu dans une société régie par de toutes-puissantes communautés religieuses ?
Contre le silence, Rabih Mroué et Lina Saneh disent, représentent et osent la représentation, avec humour et témérité, confrontant les actions d’artistes des années 1960-1980 (Joseph Beuys, Orlan ou Marina Abramovic) aux réalités présentes de la guerre civile.