Liza Lim / Olga Neuwirth / Sergueï Prokofiev The Compass / ...Miramondo multiplo.../ Sixième Symphonie

[Musique] Ces œuvres nous racontent toutes trois une histoire, autour du souffle, des lèvres qui l’animent et des images, poétiques ou triomphantes, qu’elles évoquent à nos mémoires.
Un égal souci de narration les traverse, empruntant à la tradition épique du symphonisme russe, ou au kalyuyuru du désert australien – ce mot par lequel les aborigènes désignent le miroitement de l’eau qui tombe sur des lits asséchés et la fluidité des chants entendus en rêve –, ou encore à un quotidien menaçant, rendu à son absurdité. En de brèves scènes musicales, Miramondo multiplo (2005) saisit toute l’hétérogénéité des résonances de la trompette, instrument qu’Olga Neuwirth étudia dès l’âge de sept ans.
De la grandiloquence parfois vantarde de son timbre à l’orphéon aux échos felliniens, le vampirisme des citations et leur montage n’excluent ni la torsion, ni l’ironie, ni même, en deçà, la douceur révolue des années d’enfance. The Compass (2006) de Liza Lim entonne le dialogue entre un orchestre et deux solistes, la flûte et le didgeridoo. Aux rituels magiques ou d’initiation des chamanes guérisseurs répondent les traits physiques et les symboles telluriques d’une raucité qu’il s’agit de tisser à l’effectif occidental ou de maintenir dans l’entre-deux.
Enfin, aux lendemains d’un conflit mondial dont les événements marquèrent tragiquement l’Union soviétique, et juste avant que Jdanov n’impose aux compositeurs l’idéologie délétère du réalisme socialiste, Prokofiev compose une Sixième Symphonie (1947) d’un austère et âpre lyrisme : le style héroïque qui présidait aux développements de la Cinquième Symphonie a laissé place à de larges mélodies, comme à une fanfare en creux, et à un climat d’abord sombre, empreint d’humanisme.