Madeleine Louarn / Jean-Francois Auguste Alice ou le monde des merveilles

[Théâtre] Depuis ses débuts, le Théâtre de l’Entresort, compagnie fondée par Madeleine Louarn, a intimement mêlé son parcours à celui des acteurs professionnels de l’Atelier Catalyse, formé d’adultes handicapés mentaux.
Après avoir monté ensemble Shakespeare et Daniil Harms, … que nuages… de Beckett ou des récits de SDF, l’Entresort s’associe à la troupe des Lucioles pour proposer, avec Alice ou le monde des merveilles, un spectacle pour tous publics qui, dans ce compagnonnage atypique de plus de quinze ans, a valeur d’aboutissement.
Pour cette traversée du miroir, Madeleine Louarn dit avoir trouvé dans les acteurs de l’Atelier Catalyse « les interprètes rêvés. Parce qu’ils ont eux-mêmes une perception troublée de la réalité, et parce qu’ils sentent et perçoivent intuitivement le non-sens. La non-évidence des énoncés, la fragilité des choses et du monde sont leur lot quotidien. » Avec ceux des Lucioles et de l’Entresort, ces comédiens donnent corps à cet étrange théâtre tour à tour onirique et terrifiant, à ces pérégrinations d’une petite fille interloquée – « Suis-je folle  ? », ne cesse-t-elle de se répéter – à travers un monde où vacillent certitudes et repères, conventions et arbitraires : c’est ici une suite de tableaux inspirés tout autant de Matthew Barney que de Fred Astaire, de Freud ou de Nabokov.
Une traversée des apparences sur les talons du Lapin blanc, au terme de laquelle on songe à ces mots d’Alice expliquant au Chenillon : « En tout cas, je sais qui j'étais quand je me suis levée ce matin, mais je crois que j'ai dû être changée plusieurs fois depuis. »